‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 301 sur 351 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

Les représentants attaqués s'allièrent à certains membres du Comité de Sûreté générale auxquels Robespierre et Saint-Just reprochaient de prodiguer les arrestations au moyen d'agents impurs, et de multiplier les actes d'oppression pour étendre le système de terreur et de calomnie (1). Tandis que les uns les accusaient d'être des modérés, les autres, plus adroits, tentaient avec succès de les charger de la responsabilité de leurs propres méfaits. Écoutez Robespierre lui-même :

« En développant cette accusation de dictature mise à l'ordre du jour par les tyrans, on s'est attaché à me charger de toutes leurs iniquités, de tous les torts de la fortune, ou de toutes les rigueurs commandées par le salut de la patrie. On disait aux nobles : C'est lui seul qui vous a proscrits ; on disait en même temps aux patriotes : Il veut sauver les nobles; on disait aux prêtres : C'est lui seul qui vous poursuit; sans lui, vous seriez paisibles et triomphants; on disait aux fanatiques : C'est lui qui détruit la religion; on disait aux patriotes persécutés : C'est lui qui l'a ordonné ou qui ne veut pas l'empêcher. On me renvoyait toutes les plaintes dont je ne pouvais faire cesser les causes, en disant : Votre sort dépend de lui seul (2)... »

Mais, au moment du 9 thermidor, avant que les thermidoriens se sentissent enveloppés dans les réseaux d'une réaction sanguinaire, de quoi accusaient-ils surtout Robespierre, Saint-Just, le Bas et Couthon? D'avoir méprisé Marat, d'avoir voulu opérer la contre-révolution,

(1) Séance des Jacobins du 23 messidor de Tan u.

(2) Discours du 8 thermidor.

d'avoir ordonné l'arrestation du comité révolutionnaire de l'Indivisibilité, « le plus pur de Paris, » disait Billaud- Varennes, c'est-à-dire composé des hommes les plus violents et les plus féroces (1). Ainsi, pour disculper ces grandes victimes, il nous suffit des seules accusations de leurs ennemis.

Que leur reprochait Barère , dans son discours du 10 thermidor? D'avoir voulu détruire le gouvernement révolutionnaire, d'avoir tenté de remuer les prisons et de rendre à l'aristocratie son influence. Puis, après avoir dépeint la situation des faubourgs, il ajoutait :

« Quelques aristocrates déguisés parlaient d'indulgence, comme si le gouvernement révolutionnaire n'avait pas repris plus d'empire par la résolution même dont il a été l'objet; comme si la force du gouvernement révolutionnaire n'était pas centuplée depuis que le pouvoir, remonté à sa source, a donné une âme plus énergique et des comités plus épurés. De l'indulgence! Il n'en est que pour l'erreur involontaire; mais les manœuvres des aristocrates sont des forfaits, et leurs erreurs ne sont que des crimes (2). »

Enfin, après avoir fait un crime à Robespierre d'avoir exercé le despotisme de la parole et dominé l'opinion publique; après avoir insisté sur la complicité de Saint- Just, de Robespierre jeune, de le Bas et de Couthon, Barère prononça ces paroles, qu'il est bon de répéter pour l'édification du lecteur :

(1) Séances des 9 et 10 thermidor.

(2) Voyez ce discours de Barère reproduit en entier dans V Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 79 et suiv.

Page 1