‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 305 sur 351 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

il n'y en a pas dix qui portent les trois seules signatures de Robespierre, de Saint-Just et de Couthon réunies Cependant, le triumvirat est passé, pour ainsi dire, en force de chose jugée, et de longues années se passeront, sans doute, encore avant qu'on parvienne à extirper ce préjugé si profondément enraciné.

Quelques historiens ont vu dans Saint-Just l'étoffe d'un despote plutôt que celle d'un républicain; ils se sont étrangement trompés. Sa roideur était toute républicaine et n'avait rien de monarchique; sa fierté était celle de ce représentant de Genève, qui répondait à je ne sais plus quel ambassadeur de France, se vantant de représenter le roi, son maître : « Et moi, je représente mes égaux. » Quoi qu'il en soit, on s'est très-gratuitement imaginé que Saint-Just, ne se sentant pas de taille à poser sur sa tête la couronne dictatoriale, tenta de la placer sur le front de Robespierre et demanda purement et simplement au Comité de Salut public d'abdiquer tous ses pouvoirs et de les résigner entre les mains « du seul homme capable de sauver la France. » La moindre étude du caractère de Saint-Just, et surtout de la situation des partis a cette époque, eût empêché ces historiens de tomber dans une pareille erreur; mais on voulait dramatiser son œuvre, intéresser le lecteur, et, sur la foi d'un ancien membre du Comité, on a accepté le fait sans discuter. Examinons donc le pitoyable roman de Barère; il n'en restera rien, absolument rien, quand nous l'aurons passé au creuset d'une courte et rapide discussion.

Un jour, bien longtemps après thermidor, cet astucieux Barère s'est, à coup sûr, demandé ce que la postérité penserait de son attitude dans cette journée, ce qu'elle penserait de l'appui qu'il avait prêté aux thermidoriens, quand, la veille encore, il faisait un si magnifique éloge

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