‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 306 sur 351 · II · texte numérisé non relu

II

de Robespierre et disait à Couthon: « Si l'on t'attaque, je te défendrai. » 11 écrivit alors les pages de ses Mémoires, où, se drapant dans une farouche incorruptibilité républicaine et un stoïcisme de parade, il dépeint l'indignation dont ils furent tous saisis à une proposition faite par Saint-Just d'investir Robespierre d'une dictature suprême. 11 cite môme un petit discours qu'aurait tenu Saint-Just, effort de mémoire fort étonnant de la part d'un homme qui a dénaturé les faits les plus simples et les mieux connus. Mais il a le tort de commencer par une erreur matérielle et grossière, en plaçant la scène dans les premiers jours de messidor, quand Saint-Just était alors à l'armée, fort ignorant de ce qui se passait à Paris ; puis, par une inconséquence inouïe, il ajoute : « Trois jours après, le 8 thermidor, les dictatoriaux dressèrent leurs batteries à la Convention (1). » Évidemment, il fait allusion à la réunion des Comités dont parle Saint-Just dans son dernier discours, réunion qui eut lieu peu de temps avant le 9 thermidor, et sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure. Mais, si Saint-Just s'était exprimé comme l'a écrit Barère, et s'il avait prononcé le mot de dictature , comment les thermidoriens , qui criaient tant à la tyrannie, n'en auraient-ils rien dit? Comment ne se seraient- ils pas fait une arme de cette parole mal sonnante, quand c'eût été la légitimation de leur coup d'État et leur absolution devant l'histoire? Mais c'eût été une bonne fortune pour eux ! et Barère, qui parla si longuement après le crime accompli, et Billaud- Varennes, et Collot-d'Herbois et tous les autres conjurés de thermidor n'eussent pas manqué de rappeler cette imprudente proposition. Or, ils n'en ont pas parlé, et

(i) Mémoires de Barère, t. Il, p. 215 et suiv.

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