LIVRE CINQUIEME
tapis ; qu'il ne connaissait point de dominateur qui ne se fût emparé d'un grand crédit militaire, des finances et du gouvernement, et que ces choses nlétaient point dans les mains de ceux contre lesquels on insinuait des soupçons (1). »
Couthon, le Bas et David appuyèrent les paroles de Saint-Just. Un moment on put croire à une réconciliation. Billaud-Varennes lui-même s'approcha de Robespierre, et lui dit : «< Nous sommes tes amis, nous avons toujours marché ensemble. » Mais ces paroles furent comme le baiser de Judas. « Elles firent tressaillir mon cœur, » avouait Saint-Just dans son discours du 9 thermidor, et il ajoutait : « La veille, il le traitait de Pisistrate, et avait tracé son acte d'accusation! Il est des hommes que Lycurgue eût chassés de Lacédémone sur le sinistre caractère et la pâleur de leur front; et je regrette de n'avoir plus vu la franchise ni la vérité céleste sur le visage de ceux dont je parle. »
Les espérances de raccommodement furent anéanties dès le lendemain de cette seconde réunion. Saint-Just avait bien été chargé par ses collègues de rédiger un rapport sur la situation, mais ce fut précisément ce qui inquiéta les quatre ou cinq députés désignés à la vindicte publique par Robespierre et ses amis. Aussi les Tallien, les Rovère, les Fouché, les Fréron, les Carrier, tous ceux qui se sentaient la conscience chargée de crimes, tous ceux dégouttant de meurtres ou de rapines, s'empressèrent d'aller chez l'un, chez l'autre, criant qu'on voulait sacrifier une partie de l'Assemblée, et variant leurs discours suivant l'opinion des membres auxquels ils s'adressaient. Cependant Robespierre et Saint-Just restaient
(1) Discours de Saint-Just du 9 thermidor.