II
inactifs. Tandis que l'orage grondait ainsi autour d'eux et s'avançait comme une marée montante, ils attendaient patiemment l'heure du combat légal, n'ayant pour alliés que quelques amis dévoués, pour armes que leur parole et leur conscience , se reposant du reste sur la sagesse de l'Assemblée et la justice de leur cause. Car tout leur espoir était dans la Convention pour laquelle ils professaient le plus profond respect ; la preuve en est dans ces paroles de Barère, dont le témoignage ici ne saurait être suspect, quand, le 7 thermidor, faisanlallusion à quelques propos tenus la veille dans un groupe de citoyens réunis autour de l'Assemblée, entre autres à celui-ci : « 11 faut faire un 31 mai, » il disait : « Un représentant du peuple, qui jouit d'une réputation patriotique méritée par cinq années de travaux et par ses principes imperturbables d'indépendance et de liberté, a réfuté avec chaleur les propos contre-révolutionnaires que je viens de vous dénoncer; il a prouvé dans la société populaire que c'était bien mériter de la patrie d'arrêter les citoyens qui se permettraient des propos aussi intempestifs (1). »
Mais Barère changea avec le succès. Comme il arrive trop souvent, la puissance de l'intrigue l'emporta sur la vertu. Des hommes qui jouissaient d'une grande importance craignirent de la perdre, et ils prirent fait et cause pour les ennemis de Robespierre, dont ils jalousaient la popularité. Depuis quatre décades que celui-ci leur avait laissé le champ libre, ils avaient trop subi l'empoisonnement du pouvoir pour ne pas s'unir contre l'homme qui allait demander à la Convention de reprendre en main la direction suprême du gouvernement. Et ils re-
(1) Voyez le Moniteur du 8 thermidor an u, n° 308, el le t. XXXIII de r Histoire parlementaire, p 404 et 405.