‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 310 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

doutaient tant l'influence que cet homme, en se montrant, devait retrouver sur l'Assemblée et sur le peuple, qu'ils ne purent espérer de l'abattre qu'en le sapant à force de calomnies et de mensonges. Tel était l'état des choses, quand, le 8 thermidor, Robespierre reparut à la Convention et monta à cette tribune où depuis si longtemps sa parole n'avait pas retenti.

« Citoyens, dit-il en commençant, que d'autres vous tracent des tableaux flatteurs, je viens vous dire des vérités utiles. Je ne viens point réaliser des terreurs ridicules répandues par la perfidie; mais je veux étouffer, s'il est possible, les flambeaux de la discorde par la seule force de la vérité. Je vais défendre devant vous votre autorité outragée et la liberté violée. Je me défendrai aussi moi-même; vous n'en serez point surpris; vous ne ressemblez point aux tyrans que vous combattez. Les cris de l'innocence outragée n'importunent point votre oreille, et vous n'ignorez pas que cette cause ne vous est pas étrangère. »

Après cet exorde, l'orateur démontre la supériorité de la Révolution française, dont l'unique but était l'établissement de la morale et de la justice, sur toutes les révolutions mentionnées dans l'histoire, et dont l'ambition avait presque toujours été l'unique mobile. Démasquant ensuite les ennemis de la République, qui essayaient de la déshonorer par des excès, sous prétexte de la servir, il montre le triomphe des scélérats condamnant les bons citoyens au silence. Sa pensée n'est point d'intenter d'accusation particulière : loin de la, il veut étouffer les ferments de discorde, et demande à l'Assemblée de réprimer les abus qui les ont fait naître. Il proteste de son

ardent dévouement pour la Cenvention; et rappelle qu'il a toujours été comme elle le point de mire de tous les partis hostiles à la Révolution. Cependant on les peint comme redoutables aux patriotes, ses amis et lui, quand ils ne cessent de réclamer la liberté des patriotes injustement détenus.

« Est-ce nous, s'écrie t-il, qui les avons plongés dans les cachots? Est-ce nous qui avons porté la terreur dans toutes les conditions? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Est-ce nous qui, oubliant les crimes de l'aristocratie et protégeant les traîtres, avons déclaré la guerre aux citoyens paisibles , érigé en crimes ou des préjugés incurables, ou des choses indifférentes, pour trouver partout des coupables et rendre la Révolution redoutable au peuple même? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Est-ce nous qui , recherchant des opinions anciennes, fruit de l'obsession des traîtres, avons promené le glaive sur la plus grande partie de la Convention nationale, demandions, dans les sociétés populaires, la tête de six cents représentants du peuple? Ce sont les monstres que nous avons accusés. Aurait-on déjà oublié que nous nous sommes jetés entre eux et leurs perfides adversaires? »

Robespierre faisait allusion ici aux soixante-treize députés girondins qu'il était parvenu à sauver de la fureur des enragés. Et que répondaient les Amar, les Vadier et les Voulland à cette vive et amère critique de la terreur? Que parmi les milliers d'individus emprisonnés , il n'y avait pas un patriote sur douze cents. Mais ce que reprochaient avec tant de raison Robespierre, Saint-Just et Couthon à tous ces suppôts de la terreur , c'était « de

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