‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 312 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

qu'un crime éclatant qui détruit un autre crime; elle existe, cette ambition généreuse de fonder sur la terre la première république du monde; cet égoïsme des hommes non dégradés qui trouvent une volupté céleste dans le calme d'une conscience pure et dans le spectacle ravissant du bonheur public. Vous le sentez, en ce moment, qui brûle dans vos âmes; je le sens dans la mienne... Ils m'appellent tyran. Si je l'étais, ils ramperaient à mes pieds, je les gorgerais d'or, je leur assurerais le droit de commettre tous les crimes, et ils seraient reconnaissants! Si je l'étais, les rois que nous avons vaincus, loin de me dénoncer (quel tendre intérêt ils prennent à notre liberté!) me prêteraient leur coupable appui; je transigerais avec eux. Dans leur détresse, qu'attendent-ils, si ce n'est le secours d'une faction protégée par eux, qui leur vende la gloire et la liberté de noire pays? On arrive à la tyrannie par le secours des fripons ; où courent ceux qui les combattent ? Au tombeau et à l'immortalité. Quel est le tyran qui me protège ; quelle est la faction à qui j'appartiens? C'est vousmêmes, c'est le peuple, ce sont les principes. Voilà la faction à laquelle je suis voué, et contre laquelle tous les crimes sont ligués. »

11 se demande ensuite quels sont les hommes qui doivent l'emporter, de ceux qui parlent sans cesse au nom de la raison, ou de ceux qui poursuivent le peuple dans la personne de ses défenseurs, corrompent la morale publique, sont toujours en deçà ou au delà de la vérité et prêchent tour à tour la modération perfide de l'aristocratie et la fureur des faux démocrates; et, après avoir tracé le tableau des outrages dont il est abreuvé depuis quelque temps, il pousse ce cri douloureux du juste

calomnié : « Otez-moi ma conscience, je suis le plus malheureux des hommes. » Nous avons cité déjà les passages de son discours où il dépeint les manœuvres affreuses employées pour le présenter comme l'auteur de toutes les atrocités commises par ses ennemis mêmes. Ce qui en ressort clairement, c'est qu'il ne veut pas, non plus que Saint-Just, l'abolition du gouvernement révolutionnaire et des mesures sévères commandées par la fatalité des circonstances ; mais il veut, il le répète sans cesse, que la justice nationale ne s'égare pas et frappe à tort et à travers, trompée par des ennemis couverts d'un masque de patriotisme.

Après avoir fait, avec lyrisme, l'éloge du décret relatif à l'Être suprême, et rappelé que l'intrigue et les factions s'étaient plus remuées depuis ce jour, que de cette époque dataient les tentatives d'assassinat, et les plus criminelles calomnies, il. se plaint amèrement d'avoir été l'objet de grossières insultes, de la part de quelques représentants du peuple, le jour même de la fête ordonnée par ce décret. Suivant lui, l'affaire de cette malheureuse Catherine Théot n'a été imaginée que pour jeter du ridicule sur cette fête célèbre. Il blâme énergiquement alors la persécution « aussi atroce qu'impolitique » dirigée contre les esprits faibles ou crédules, imbus de quelque ressouvenir superstitieux. Puis il accuse, avec une vérité qui n'est pas contestable quand on songe que, sous la Restauration, certains hommes se sont vantés d'avoir poussé à tous les excès pour abîmer plus vite la Révolution, il accuse les auteurs de ces excès d'être les mêmes que ceux qui déclament contre le gouvernement et qui prodiguent les attentats pour en accuser le Comité de Salut public. Il se plaint ensuite de ce que la trésorerie nationale a suspendu les payements,

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