LIVRE CINQUIÈME
tion prolongée. La demande d'impression du discours, proposée par Lecointre (de Versailles), fut vivement discutée. Combattue par Bourdon (de l'Oise) et Billaud- Varennes, soutenue par Barère et par Couthon, elle fut enfin votée à une immense majorité. Mais le décret d'envoi aux communes, qui avait été rendu en même temps, fut rapporté à la fin de la séance.
Il ne faut pas chercher dans Le Moniteur une appréciation exacte des débats qui eurent lieu dans les journées du 8 et du 9 thermidor; les thermidoriens, nous l'avons dit déjà, ont arrangé à leur guise le compte rendu qui eût été tout autre si Robespierre l'avait emporté. Mais il résulte de la lecture des journaux qui ont parlé de cette séance du 8, avant qu'on supposât qu'elle dût être si rapidement suivie de la chute de Saint-Just et de Robespierre, qu'elle fut pour celui-ci un dernier triomphe; triomphe qui aurait été complet, sans nul doute, si son discours n'eût pas été plein de ce vague fatal que, le lendemain, Saint-Just ne manqua pas de lui reprocher. Une autre faute non moins grave fut d'avoir critiqué trop amèrement le système de finances adopté. Ce n'était pas là le lieu. Un sentiment d'amour-propre froissé jeta Cambon dans les rangs des thermidoriens, dont il devint involontairement l'auxiliaire. Sous l'attaque intempestive de Robespierre, il bondit comme un lion blessé, et sa vive défense, bien plus que les déclamations de quelques représentants, méprisables et méprisés, contribua à faire rapporter le décret d'envoi du discours de Robespierre à toutes les communes de France.
Dans une telle situation, sans précédents dans l'histoire, et où une question de vie ou de mort était en jeu, il eût été indispensable de laisser de côté toute réticence,