‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 319 sur 351 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

avons emprunté les détails précédents, il y a, dis-je, un aveu précieux, sur lequel nous appelons la sérieuse attention de tous nos lecteurs impartiaux. Nous avons soutenu, à l'aide des preuves les plus péremptoires, que Saint-Just avait été l'adversaire constant des mesures exagérées qui tendaient à exaspérer une foule de gens inoffensifs; qu'il avait lutté, au sein des Comités, contre les membres qui, arbitrairement, persistaient dans un système de proscription en masse ; qu'enfin, tout en maintenant la justice sévère et inflexible contre les ennemis de la République, il avait toujours réclamé l'abolition de cette terreur exercée sans frein, et dont l'exercice était livré aux mains les plus impures. Or, en voici une nouvelle preuve, tirée du témoignage même des hommes qui ont essayé de le rendre responsable des rigueurs dont ils ont été les suprêmes ordonnateurs : « ... Lorsqu'on faisait le tableau des circonstances malheureuses où se trouvait la chose publique, chacun de nous cherchait des mesures et proposait des moyens. Saint-Just nous arrêtait, jouait l'étonnement de ne pas être dans la confidence de ces dangers, et se plaignait de ce que tous les cœurs étaient fermés; suivant lui, qu'il ne connaissait rien, qu'il ne concevait pas cette manière prompte ^improviser La foudre à chaque instant, et il nous conjurait, au nom de la République, de revenir à des idées plus justes, à des mesures plus sages. C'est ainsi, ajoute Rarère, par une interprétation singulière de la conduite de Saint-Just, c'est ainsi que le traître nous tenait en échec, paralysait toutes nos mesures, et refroidissait notre zèle(\). »

(1) Voyez la note 7, à la suite de la Réponse des membres des deux anciens Comités de Salut public et de Sûreté générale, p. 103, 106, 107 et 108.

Et maintenant, n'est-il pas clair comme le jour que, dans cette veille du 9 thermidor, Saint-Just, fidèle à ses principes, parla au nom de la sagesse, du bon sens et de la modération? Quelles preuves plus convaincantes en veut-on que les paroles mêmes de ses ennemis, que nous venons de citer? Et voilà l'homme, qu'ainsi que que Robespierre, le Bas et Couthon, on se disposait à attaquer comme ayant ourdi une conspiration contre la République et la liberté. Singuliers conjurés, qui, au lieu de profiter de leur popularité, de se concerter avec la Commune, d'essayer de gagner des partisans parmi leurs collègues, s'en vont, l'un relire son discours aux Jacobins, l'autre rédiger son dernier rapport, le plus net et le plus modéré qui soii sorti de la main des hommes de la Révolution ! Singulier conjuré que ce prétendu dictateur qui, seul contre tous, ne craint pas de s'élever contre cet intolérable système « d'improviser la foudre à chaque instant, » qui supplie les membres des Comités « de revenir à des idées plus justes, à des mesures plus sages, » et qui, enfin, laissant la place à ses ennemis, libres de dresser leurs batteries dans le secret, et d'organiser leur complot homicide, quitte le Comité à cinq heures du matin, pour aller prendre quelques heures de sommeil ! Les conspirateurs, eux, ne dormirent pas !

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