‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 320 sur 351 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le 9 thermidor. — Saint Jusl commence à la Convention un discours qui est interrompu par Tallien. - Analyse de ce discours. — Robespierre, Saint-Just et Coulhon sont décrétés d'accusation. — Dévouement de Robespierre jeune et de le Bas. — Les vaincus à la barre. — Attitude de la Commune. — Elle se réunit en séance extraordinaire. — Les prisonniers délivrés. — On délibère au lieu d'agir. — Triomphe des thermidoriens. — Saint-Just au Comité de Sûreté générale. — Le 10 thermidor. — Exécution de Robespierre, de Saint-Just et de Couthon. — Épilogue.

11 se leva, radieux comme pour un jour de fête, ce soleil du 9 thermidor, dont les derniers rayons devaient éclairer la chute des plus sûrs appuis de la République. Dès la matinée, une vague inquiétude circula dans Paris, ému encore des impressions de la veille; mais on était loin de présager l'effroyable tempête qui allait éclater dansl'Assemblée. Rien, d'ailleurs, n'annonçait au dehors le drame dont la Convention devait être le théâtre.

3i0 HISTOIRE DE SAINT-JUST

Aucune mesure n'avait été prise par la Commune, avec laquelle ni Robespierre, ni Saint-Just, ni Couthon, quoi qu'on en ait dit, n'avaient eu un seul instant l'idée de se concerter. Gela est si vrai, et les thermidoriens étaient si loin de penser qu'elle pourrait faire alliance avec leurs adversaires, que nous les verrons bientôt charger le maire Fleuriot-Lescot et l'agent national Payan, de l'exécution des décrets rendus dans la journée.

Eux seuls étaient à peu près certains de l'issue de la bataille qui était sur le point de s'engager. Mais, que parlé-je de bataille ? C'était à un guet-apens que couraient Saint-Just et ses amis. Les thermidoriens, en effet, étaient parvenus à s'adjoindre les membres les plus marquants du côté droit; et ceux-ci, après de longues hésitations pourtant, avaient promis leur appui, sachant bien que tout dépendait d'eux, et qu'une fois le parti de Robespierre abattu, ils auraient facilement raison de la République. Peu avant l'ouverture de la séance, Bourdon (de l'Oise), apercevant Durand-Maillane dans la galerie, courut à lui et lui prit la main en s'écriant : « Oh! les braves gens que les gens du côté droit (1) ! » De cette monstrueuse alliance des membres les plus sanguinaires et les plus impurs de la Convention, avec cette masse de réactionnaires déguisés, dévorés, eux aussi, d'une soif ardente de pouvoir, naquit la force brutale qui écrasa Saint-Just et ses amis. Vadier, Amar, Collotd'Herbois, Tallien, Courtois, Carrier, Rovère et Fréron, ce fou furieux qui, dans le Midi, s'en était pris aux monuments publics, et qui, dès le lendemain de thermidor, demandait qu'on rasât l'hôtel de ville de Paris , tels étaient les principaux meneurs.

(i) Mémoires de Durand-Maillane, ch. X.

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