‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 32 sur 351 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

impuissante à réformer, et ne prend pas suffisamment garde aux tortures auxquelles certains êtres sont condamnés par une union indissoluble. Quant à la séparation de biens, qui lui répugne parce qu'elle n'est, le plus souvent, qu'un prétexte pour frauder les créanciers, il ne considère pas assez la triste position d'une femme réduite à la misère par l'imprudence ou les prodigalités d'un mari. .

11 y a des pages charmantes sur l'infidélité des époux et sur la femme. Mais quelques citations vaudront mieux ici qu'une analyse, rendue, d'ailleurs, impossible par la sobriété de l'auteur, qui ne fait pas de phrases et ne dit rien de trop. Si quelques lectrices se risquent à feuilleter avec une certaine attention cette histoire un peu sévère, elles se prendront, j'en suis sûr, à aimer ce Saint-Just, qu'une tradition menteuse leur a dépeint si terrible. « On a dit que la dépendance naturelle de la femme rendait son iniidélité plus coupable que celle du mari; ce n'est point ici tout à fait que je veux examiner si cette dépendance est naturelle ou politique, je prie seulement qu'on y réfléchisse; mais je veux une bonne fois qu'on m'explique pourquoi le mari qui met des enfants adultérins dans la maison d'un autre ou de plusieurs autres est moins criminel que la femme qui n'en peut mettre qu'un dans la sienne. Il y a un contrat entre les époux (je ne parle pas du contrat civil). Le contrat est nul si quelqu'un y perd; dire que l'époux infidèle n'est pas coupable, c'est dire qu'il s'est réservé, par le contrat, le privilège d'être mauvais... Ceux qui portent des lois contre les femmes et non contre les époux, auraient dû établir aussi que l'assassin ne serait point le criminel, mais la victime... 0 vous qui faites des lois, vous en répondez; les bonnes mœurs peuplent les empires...

» Chez les peuples vraiment libres, les femmes sont libres et adorées et mènent une vie aussi douce que le mérite leur faiblesse intéressante. Je me suis dit quelquefois dans la capitale : Hélas! chez ce peuple esclave, il n'est point une femme heureuse, et l'art avec lequel elles ménagent leur beauté ne prouve que trop que notre infamie leur a fait quitter la nature ; car, à la modestie d'une femme, on reconnaît la candeur de son époux...

» Dans vingt ans, je verrai sans doute avec bien de la joie ce peuple qui recouvre aujourd'hui sa liberté recouvrer à peu près ses mœurs. Nos enfants rougiront peut-être des tableaux efféminés de leurs pères. Moins énervés que nous par la débauche et le repos, leurs passions seront moins brutales que les nôtres; car, dans des corps affaiblis par le vice, on trouve toujours des âmes dures.

» Quand les hommes n'ont plus de patrie, bientôt ils deviennent scélérats; il faut bien poursuivre, à tel prix que ce soit, le bonheur qui nous fuit; les idées changent, on le trouve dans le crime. 0 législateurs, donnez-nous des lois qui nous forcent à les aimer; l'indifférence pour la patrie et l'amour de soi-même sont la source de tout mal; l'indifférence pour soi-même et l'amour de la patrie sont la source de tout bien. »

Il n'y a pas longtemps, un écrivain, distingué d'ailleurs, mais grand ennemi de la Révolution, répandait dans un journal, réactionnaire à outrance, un flot d'invectives contre les malheureux dont la naissance n'a pas été légitimée et qu'il rendait ainsi responsables de la faute d'une mère. Il est peu de lecteurs qui n'aient été indignés de cet anathème impie. A ces apostrophes barbares comparez ces lignes de Saint-Just : « Toute patrie vertueuse se rendra la mère des infortunés à qui la honte

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