LIVRE CINQUIEME
« Tels étaient, dit Charles Nodier, les chefs de cet exécrable parti des thermidoriens, qui n'arrachait la France à Robespierre que pour la donner au bourreau, et qui, trompé dans ses sanguinaires espérances, a fini par la jeter à la tête d'un officier téméraire, de cette faction, à jamais odieuse devant l'histoire, qui a tué la République au cœur dans la personne de ses derniers défenseurs, pour se saisir sans partage du droit de décimer le peuple, et qui n'a pas même eu la force de profiter de ses crimes (1) ! »
Les acteurs sont connus ; levons maintenant le rideau sur cette sombre tragédie.
« L'injustice a fermé mon cœur, je vais l'ouvrir tout entier à la Convention nationale (2). » C'est en ces termes que, par je ne sais quel sentiment chevaleresque, Saint- Just prenait soin d'avertir ses collègues réunis au Comité de Salut public, qu'il se disposait à monter à la tribune et à prendre le pays pour juge entre eux et lui. 11 était midi environ quand il commença de parler.
« Je ne suis d'aucune faction, dit-il, je les combattrai toutes. Elles ne s'éteindront jamais que par les institutions qui produiront les garanties, qui poseront la borne de l'autorité, et feront ployer sans retour l'orgueil humain sous le joug de la liberté publique.
» Le cours des choses a voulu que cette tribune aux harangues fût peut-être la roche Tarpéienne pour celui qui viendrait vous dire que les membres du gouvernement ont quitté la route de la sagesse. J'ai cru que la
(i) Souvenirs de la Révolution, éd. Charpentier, 1. 1, p. 296. (2) Réponse des membres des anciens Comités à Lecointre , note 7, p. 108.