‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 323 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME 3i · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME 3i

semblaient m'imposer de m'exprimer contre ma pensée. On a voulu dire que le gouvernement était divisé; il ne l'est pas. Une altération politique que jevais vous rendre a seulement eu lieu.

» Ils ne sont point passés tous les jours de gloire, et je préviens l'Europe delà nullité de ses projets contre le gouvernement.

» Je vais parler de^quelques hommes que la jalousie me paraît avoir portés à accroître leur influence et à concentrer dans leurs mains l'autorité, par l'abaissement ou la dispersion de ce qui gênait leurs desseins... C'est au nom de la patrie que je vous parle; j'ai cru servir mon pays et lui éviter des orages, en n'ouvrant mes lèvres sincères qu'en votre présence. C'est au nom de vous-mêmes que je vous entretiens, puisque je vous dois compte de l'influence que vous m'avez donnée dans les affaires... La circonstance où je me trouve eût paru délicate et difficile à quiconque aurait eu quelque chose à se reprocher; on aurait craint le triomphe des factions qui donnent la mort. Mais certes ce serait quitter peu de chose qu'une vie dans laquelle il faudrait être le complice ou le témoin muet du mal.

» J'ai prié les membres dont j'ai à vous entretenir de venir m'entendre; ils sont prévenus à mes yeux de fâcheux desseins contre la patrie, je ne me sens rien sur le cœur qui m'ait fait craindre qu'ils ne récriminassent, je leur dirai tout ce que j'ai sur le cœur, sans pitié ! »

Après cet exorde d'une rare convenance et d'une grande dignité, il déclare qu'il y a eu un projet de détruire le gouvernement révolutionnaire, qu'un membre du Comité de la section du Muséum avait été arrêté comme complice de ce complot, et se trouvait en ce mo-

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ment détenu à la Conciergerie; qu'on répandait dans toute l'Europe le bruit que la royauté allait être rétablie, et que le gouvernement était divisé. « On se trompe, ajoute-t-il ; les membres du gouvernement étaient dispersés. » Puis, comme pour répondre d'avance à ceux qui devaient l'accuser un jour d'avoir proposé la dictature, il s'écrie :

« Dieu! vous avez voulu qu'on tentât d'altérer l'harmonie d'un gouvernement qui eut quelque grandeur, dont les membres ont sagement régi, mais n'ont pas voulu toujours en partager la gloire; vous avez voulu qu'on méditât la perte des bons citoyens. Je déclare avoir fait tout mon possible pour ramener tous les esprits à la justice et avoir reconnu que la résolution ardente de quelques membres s'y était opposée. Je déclare qu'on a tenté de mécontenter et d'aigrir les esprits pour les conduire à des démarches funestes, et l'on n'a point espéré de moi, sans doute, que je prêterais mes mains pures à l'iniquité. Ne croyez pas au moins qu'il ait pu sortir de mon cœur l'idée de flatter un homme : je le défends parce qu'il m'a paru irréprochable,^^ t'accuserais lui-même, s'il devenait criminel. »

Ensuite il dépeint les manœuvres employées pour faire croire aux membres du Comité de Sûreté générale qu'on veut les dépouiller de l'autorité dont ils ont été investis par la Convention ; il dépeint les terreurs qu'on a cherché à inspirer à certains représentants, terreurs telles, que ceux-ci avaient pris le parti de ne plus coucher chez eux. Après avoir attesté que Robespierre avait toujours été le ferme appui de la Convention et n'avait jamais parlé qu'avec ménagement de porter atteinte à

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