II
avaient été dirigées certaines parties de l'administration militaire ; après s'être plaint de l'ordre donné, sans l'avertir, lui ni ses collègues, de détacher dix-huit mille hommes de l'armée de Sambre-et-Meuse, ordre qui eût été si fatal s'il avait été exécuté; après s'être plaint de la façon dont avait été reçu au Comité un agent envoyé pour demander des munitions, alors que les soldats étaient sans pain, sans poudre et sans canons, et avoir rendu cette justice à Prieur, qu'il avait paru sensible aux besoins de l'armée, il s'écriait : « Il fallait vaincre, on a vaincu ! »
« La journée de Fleurus, continuait-il, a contribué à ouvrir la Belgique. Je désire qu'on rende justice à tout le monde, et qu'on honore les victoires, mais non point de manière à honorer davantage le gouvernement que les armées ; car il n'y a que ceux qui sont dans les batailles qui les gagnent, et il n'y a que ceux qui sont puissants qui en profitent, il faut donc louer les victoires et s'oublier soi-même. Si tout le monde avait été modeste et n'avait point été jaloux qu'on parlât plus d'un autre que de soi, nous serions fort paisibles ; on n'aurait point fait violence à la raison pour amener des hommes généreux au point de se défendre pour leur en faire un crime. »
11 dépeint alors, en traits d'une sombre éloquence, les factions, nées de l'orgueil , et le plus terrible poison de l'ordre social.
« Lorsqu'elles régnent dans un État, dit-il, personne n'est certain de l'avenir, et l'empire qu'elle tourmentent est un cercueil. Elles mettent en problème le mensonge et la vérité, le vice et la vertu, le juste et l'injuste; c'est