‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 326 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

la force qui fait la loi. Si la vertu ne se montrait parfois, le tonnerre à la main, pour rappeler tous les vices à l'ordre, la raison de la force serait toujours la meilleure. Ce n'est qu'après un siècle que la postérité plaintive verse des pleurs sur la tombe des Gracques et sur la roue de Sydney. Les factions, en divisant un peuple, mettent la fureur de parti à la place de la liberté; le glaive des lois et le poignard des assassins s'entre-choquent; on n'ose plus ni parler, ni se taire ; les audacieux qui se placent à la tête des factions, forcent les citoyens à se prononcer entre le crime... et le crime... C'est pourquoi le vœu le plus tendre pour sa patrie que puisse faire un bon citoyen, le bienfait le plus doux qui puisse descendre des mains de la Providence sur un peuple libre, le fruit le plus précieux que puisse recueillir une nation généreuse, de sa vertu, c'est la ruine, c'est la chute des factions. Quoi! l'amitié s'est-elle envolée de la terre? La jalousie présidera-t-elle aux mouvements du corps social? et par le prestige de la calomnie perdral-on ses frères parce qu'ils sont plus sages et plus magnanimes que nous? La renommée est un vain bruit. Prêtons l'oreille sur les siècles écoulés, nous n'entendrons plus rien. Ceux qui, dans d'autres temps, se promèneront parmi nos urnes, n'en entendront pas davantage. Le bien, voilà ce qu'il faut faire à quelque prix que ce soit, en préférant le titre de héros mort, à celui de lâche vivant ! »

Que doit donc faire, suivant lui, la Convention, pour empêcher le crime de triompher et tout le monde de trembler sans distinction? Garder pour elle la suprême influence; réduire tout à la règle froide de la justice; dicter des lois impérieuses à tous les partis, en sorte que

« personne n'entreprenne de s'élever sur les débris de la liberté publique par les lieux communs de Machiavel. » Puis il demandait quelques jours encore à la Providence pour appeler sur les institutions républicaines les méditations du peuple français et de tous les législateurs, et il disait :

« Tout ce qui arrive aujourd'hui au gouvernement, n'aurait point eu lieu sous leur empire; ils seraient vertueux peut-être, ceux dont j'accuse ici les prétentions orgueilleuses. 11 n'y a pas longtemps, peut-être, qu'ils ont laissé la route frayée par la vertu. »

Ensuite il rappelait l'état du gouvernement à son dernier retour de l'armée, exposait qu'on l'avait, pour ainsi dire, laissé à l'écart, et se plaignait que l'autorité eût été alors exercée par deux ou trois membres seulement, les autres étant ou en mission ou ensevelis dans leurs bureaux. 11 parlait aussi des tentatives de conciliation infructueusement faites par lui. Les membres des deux Comités l'avaient bien honoré de leur confiance en le chargeant d'un rapport, mais on s'opposait à ce qu'il parlât de l'immortalité de l'âme, de la sagesse, de la Providence « seul espoir de l'homme isolé. »

« C'était au même instant , poursuivait Saint-Just , que la pétition de Magenthies parut, tendante à caractériser comme blasphème et à punir de mort des paroles souvent entendues de la bouche du peuple. Ah! cène sont point là des blasphèmes. Un blasphème est l'idée de faire marcher devant Dieu les faisceaux de Sylla ; un blasphème, c'est d'épouvanter les membres de la Convention par des listes de proscription , et d'en accuser l'innocence. »

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