‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 329 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME 3o · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME 3o

Robespierre essaye encore de répondre. Voyant toute la Montagne l'abandonner, il se tourne vers la droite, qui lui devait quelque reconnaissance : « C'est à vous, hommes purs, que je m'adresse, et non pas aux brigands. » Il est violemment interrompu. Alors, apostrophant le président : « Pour la dernière fois , président d'assassins, je te demande la parole. » Mais, efforts superflus! le président, continuant de jouer son rôle infâme, lui répond ironiquement : « Tu ne l'auras qu'à ton tour. » Enfin, sur la proposition d'un montagnard obscur, un décret d'arrestation est rendu contre Robespierre, par cela seul qu'il a été dominateur*, avait dit l'auteur de la proposition. Robespierre jeune, indigné, déclare qu'il est aussi coupable que son frère ; qu'il a partagé ses vertus et qu'il veut partager son sort. Quelques membres s'émeuvent à peine à ce dévouement magnanime, qui est lâchement accepté. En vain Maximilien veut protester contre ce dévouement fraternel, et sauver l'innocente victime; on ne l'écoute pas. Rien d'humain n'était resté dans le cœur de ces bourreaux. Et, comme la salle retentissait des cris de Vive la Liberté! vive la République! poussés par les thermidoriens, ivres de leur triomphe : « La République, dit amèrement Robespierre, elle est perdue, car les brigands triomphent. » Ah! comme il pressentait bien l'avenir!

Cependant on déclare qu'on a entendu décréter à la fois l'arrestation des deux Robespierre, de Saint-Just et de Couthon. Alors, au milieu de cette épouvantable scène, et pour l'honneur de la France, une voix fière et fermement accentuée s'éleva, dominant le tumulte, et fut à elle seule l'écho de tout ce qu'il y avait encore de courageux et d'honnête dans l'Assemblée. « Je ne veux pas partager l'opprobre de ce décret ! s'écria le Bas, l'ami, le frère

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