‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 331 sur 351 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

sible, le dédain convient-il mieux que d'inutiles et violentes apostrophes. Après avoir déposé sur le bureau le manuscrit de son discours, il se rendit à la barre, la tête haute, le regard assuré et serein, s'honorant d'une telle défaite, et n'opposant à ses implacables adversaires que le bouclier du mépris.

Ainsi triomphaient à la fois, dans des vues si différentes, et les misérables pour qui la France était, avant tout, une immense proie à dévorer, prêts à mettre au service de la réaction leurs sanglants instincts, et ceux qui allaient être l'avant-garde de cette réaction furibonde, et enfin d'aveugles républicains que poursuivra longtemps le remords de cette fatale victoire. Tout le secret de la conduite de ces derniers est dans ces paroles de Barère : « Il ne faut pas, dans une république, qu'un homme s'élève au-dessus d'un autre homme (1). » Le 9 thermidor n'eut pas d'autre signification à leurs yeux ; ce fut l'ostracisme d'Aristide.

Dès que ces nouvelles parvinrent a la Commune, l'agent général Payan et le maire Fleuriot-Lescot, qui, après la chute des hébertistes, avait remplacé Pache à la mairie, se rangèrent sans hésister du parti des vaincus,

(1) Voyez le Moniteur du 12 thermidor; séance du 10, n° 312.

Il faut dire qu'il y eut un moment où la conscience revint à Barère, moment solennel où rarement le mensonge s'échappe des lèvres de l'homme : ce fut dans les souffrances d'une longue maladie. Il dit à l'illustre David (d'Angers), en lui parlant de Robespierre : « Depuis, j'ai réfléchi sur cet homme; j'ai vu que son idée dominante était rétablissement du gouvernement républicain; qu'il poursuivait, en effet, des hommes dont l'opposition entravait les rouages de ce gouvernement.,. C'était un homme pur, intègre, un vrai républicain. Ce qui l'a perdu, c'est sa vanité, son irascible susceptibilité et son injuste défiance envers ses collègues... Ce fut un grand malheur! » {Notice sur Barère, par MM. Carnot et David (d'Angers), t. I des Mémoires, p. U9.

préférant mille fois la défaite et la mort avec ceux-ci à l'infamie de la victoire avec les thermidoriens. Malgré le décret de la Convention qui les chargeait de veiller à la sûreté de l'Assemblée et les rendait responsables des troubles qui pourraient survenir, ils convoquèrent tous les membres du conseil général et se réunirent en séance extraordinaire ; il était cinq heures et demie du soir. Immédiatement, les mesures les plus vigoureuses furent proposées et adoptées. On connaît l'histoire de cette dramatique séance ; le cadre dans lequel nous sommes obligé de nous restreindre ne nous permet que d'en décrire les scènes les plus saillantes. Des commissaires furent dépêchés pour délivrer les représentants décrétés d'arrestation et qui avaient été déposés dans les différentes prisons de la ville. Robespierre, refusé au Luxembourg par le concierge, avait été, sur sa demande expresse, conduit à l'administration de police. Ce fut là que Coffinhal le délivra presque de force. Son frère était à Saint-Lazare, Couthon à la Bourbe, le Bas à la maison de justice du département, et Saint-Just aux Écossais.

Robespierre jeune parut le premier. En quelques mots, il raconta ce qui s'était passé dans la journée à la Convention nationale, rejetant sur quelques scélérats seulement la responsabilité de la persécution qui les atteignait. Peu d'instants après, Maximilien Robespierre, Saint-Just et le Bas furent amenés en triomphe au sein du conseil général où les accueillirent les plus chaudes et les plus sincères acclamations. Un moment on put croire que le sort allait pencher en faveur des vaincus et que la cause de la justice l'emporterait. D'instant en instant des députations de la société des Jacobins se rendaient à la Commune et promettaient de déjouer les coupables manœuvres des membres perfides de la Con-

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