LIVRE CINQUIEME
s'indigna, et il lui jura cette haine vertueuse qui, depuis, dirigea tous les actes de sa vie.
Aussitôt que le combat fut engagé. entre le monde ancien et le monde nouveau, il se précipita dans l'arène, en combattant passionné, décidé à faire triompher le droit ou à périr à l'œuvre. Insensé! disaient les uns, qui laisse la vie facile et riante de la jeunesse pour s'aventurer dans les voies perdues de la politique et tenter de diriger la Révolution vers le port!... Héros, diront les autres, qui, dédaignant les plaisirs de son âge et les séductions auxquelles l'exposaient un esprit charmant et une rare beauté, préféra l'étude aride, et sacrifia sa vie à quelques idées de justice, de grandeur et d'honnêteté !
Député à la Convention nationale, il se fit remarquer, dès le début, par l'inflexibilité de ses principes, dont il ne dévia jamais ; poursuivant avec une égale âpreté et les ennemis de la Révolution et ceux qui la poussaient aux excès; anathématisant sans relâche l'arbitraire ; flétrissant tous ces vils agents du gouvernement, qu'on voit, sous tous les régimes, s'ériger en tyrans subalternes, et ne laissant aucune trêve aux fripons.
Membre du Comité de Salut public, il prit part aux mesures les plus vigoureuses auxquelles la République dut son triomphe; mais, à travers le fanatisme qui éclate çà et là dans ses Rapports, quel amour de l'humanité! quelle affection pour les classes souffrantes ! quelle pitié pour les malheureux! quelle science des rapports sociaux ! comme le bon sens et la raison y circulent, et comme il devine et embrasse l'avenir du monde !
Chargé par ses collègues des missions les plus importantes et les plus difficiles qui aient été accomplies, il y fut ce que la sagesse, la justice et l'impérieux salut de la