CHAPITRE I
Arrivée de Saint-Just à Paris. — Premières séances de la Convention
nationale. — Abolition de la royauté. — Situation générale au moment
de la mise en jugement de Louis XVI. — Manifeste du duc de Brunswick.
— Procès du roi. — Opinion de Morisson. — Discours de Saint-Just. —
Sa réponse aux défenseurs de Louis XVI. — Son vote.
Saint-Just arriva à Paris le 18 septembre 1792, l'avantveille du jour fixé par l'Assemblée législative pour l'ouverture de la Convention nationale. Il ne put donc assister à ces réunions préparatoires dont parlent certains écrivains pour qui le culte de l'anecdote est sacré; il ne put prendre part non plus à ces dîners fameux dont il est aussi question, fins dîners où, inter pocula, disent les chroniqueurs, quelques patriotes complotaient de forcer, même par la terreur, les nouveaux représentants
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du peuple à proclamer la République, et où l'on a fait si gratuitement jouer un rôle au jeune et honnête député de l'Aisne.
Sa première visite fut certainement pour Robespierre, à qui rattachaient déjà des liens étroits et vers qui l'attirait une sorte de respect, dont témoigne la lettre que nous avons reproduite. Robespierre logeait alors rue Saint-Honoré, presque en face de l'église de l'Assomption, dans une maison appartenant à un riche entrepreneur en menuiserie, nommé Duplay, brave et digne homme, entièrement dévoué aux principes de la Révolution. Ce fut dans cette modeste et respectable demeure que Saint-Just rencontra Philippe le Bas, qui devait bientôt épouser la plus jeune des filles de Duplay, et avec qui il se lia d'une inséparable amitié.
Certes, ces trois hommes, à la foi ardente, aux vues élevées , voulaient fonder la République ; mais le désir d'en finir à jamais avec le passé monarchique était aussi dans presque tous les cœurs. Ni Robespierre, ni Saint- Just, ni Lebas ne prirent la parole dans la séance du 21 septembre ; ce fut Grégoire qui proposa l'abolition de la royauté. Ouvrons la Gazette nationale, qui déjà s'appelait aussi le Moniteur universel, et nous pourrons nous convaincre de l'enthousiasme avec lequel cette proposition fut acceptée :
« Je demande, dit Grégoire, après avoir, en quelques mots, stigmatisé toutes les dynasties, je demande que, par une loi solennelle, vous consacriez l'abolition de la royauté.
» M. Bazire : Je demande à faire une motion d'ordre. L'Assemblée vient de manifester, par l'unanimité de ses acclamations, sa haine profonde pour les rois. On ne