‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 43 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

peut qu'applaudir à ce sentiment si concordant avec celui de l'universalité du peuple français. Mais il serait d'un exemple effrayant pour le peuple devoir une assemblée, chargée de ses plus chers intérêts, délibérer dans un moment d'enthousiasme. Je demande que la question soit discutée.

» M. Grégoire : Eh! qu'est-il besoin de discuter quand tout le monde est d'accord? Les rois sont, dans l'ordre moral, ce que les monstres sont dans l'ordre physique. Les cours sont l'atelier des crimes et la tanière des tyrans. L'histoire des rois est le martyrologe des nations. Dès que nous sommes tous également pénétrés de cette vérité, qu'est-il besoin de discuter? Je demande que ma proposition soit mise aux voix, sauf à la rédiger ensuite avec un considérant digne de la solennité de ce décret.

» M. Ducos : Le considérant de votre décret, ce sera l'histoire des crimes de Louis XVI, histoire déjà trop bien connue du peuple français. Je demande donc qu'il soit rédigé dans les termes les plus simples; il n'a pas besoin d'explications après les lumières qu'a répandues la journée du 10 août.

» La discussion est fermée.

» Il se fait un profond silence.

» La proposition de M. Grégoire, mise aux voix, est adoptée au bruit des plus vifs applaudissements.

» La Convention nationale décrète que la royauté est abolie en France.

» Les acclamations de joie, les cris de : Vive la Nation ! répétés par tous les spectateurs, se prolongent pendant plusieurs instants (1). »

(1) Voyez le Moniteur du 22 septembre 1792, n" 266.

Ce ne fut donc pas Saint-Just qui, par son immense influence, comme M. Fleury lui en attribue le mérite, décida la Convention à abolir la royauté. Combien de fois, d'ailleurs, les Girondins n'ont-ils pas revendiqué l'honneur d'avoir provoqué l'établissement du gouvernement républicain ? Saint-Just, inconnu alors, ne pouvait influencer personne; eh! qui donc avait besoin d'être influencé? Pour lui, comme pour la plupart des membres de la nouvelle assemblée, la République démocratique était le seul gouvernement selon la raison ; c'était l'anéantissement des privilèges, le retour à cette égalité depuis si longtemps disparue de la terre, et la destruction définitive d'un régime sous lequel un homme, déifié, pour ainsi dire, et placé en dehors de la loi commune, pouvait, sans contrôle, imposer à un grand peuple ses fantaisies les plus ruineuses et ses caprices les plus désastreux.

De l'abolition de la royauté au jugement du roi, il n'y avait qu'un pas , et il fut bientôt franchi. L'accusation partit des Girondins : ce fut un des leurs, Valazé, qui se chargea de faire le rapport sur les crimes reprochés à Louis XVI; ce fut aussi un des leurs, Mailhe, qui rédigea le rapport sur les questions relatives au jugement.

Jusqu'à l'heure où s'ouvrirent les débats de ce grand procès, Saint-Just resta muet dans les discussions de la Convention. Il rêvait l'unanime concorde, aussi fut-il singulièrement attristé des symptômes de désunion qui éclatèrent dès les premiers jours entre la Gironde, dont quelques membres soupçonneux voyaient partout la trahison et la dictature, et la Montagne, où il siégeait, et qui se montra d'abord beaucoup plus réservée, plus calme et plus modérée. Une fois, aux Jacobins, il prit la parole et témoigna son étonnement de voir tant de troupes

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