LIVRE DEUXIÈME
appelées à Paris, au moment où des accusations sans fondement étaientportées contre Robespierre et quelques autres représentants du peuple. Cela se passait peu de temps avant le jour où devait commencer le procès du roi.
Avant d'aborder cette douloureuse et solennelle affaire et de préciser toute la part qu'y eut Saint-Just, il est important d'examiner avec soin la situation de la France a cette époque, afin de se bien rendre compte de la disposition des esprits et de voir sous quelle impression funeste, dans quelles circonstances fâcheuses, les représentants du peuple à la Convention nationale allaient juger l'infortuné monarque qui assumait fatalement sur sa tête la responsabilité des fautes et des crimes de ses prédécesseurs.
De toutes parts la surexcitation patriotique était au comble; elle croissait en raison même des périls qui menaçaient la jeune République. Jamais peuple n'avait été soumis à une plus cruelle épreuve : la trahison au dedans, la coalition de l'Europe au dehors, exaspéraient les plus modérés. Les membres les plus influents de la Convention crurent qu'un exemple terrible était nécessaire. Tout, d'ailleurs, semblait accuser Louis XVI des malheurs de la patrie. C'était en invoquant son nom que l'étranger avait envahi notre territoire ; et la nation entière était toute frémissante encore de l'indignation produite par l'insolente déclaration du duc de Brunswick, qui était comme le manifeste des rois coalisés contre la France. A coup sûr, Louis XVI ne pouvait avoir de plus dangereux amis. Le peuple français était traité comme un enfant mutin, et les menaces les plus ridicules lui étaient adressées à chaque ligne, dans cette proclamation insensée.
Quelle ne dut pas être la colère des Parisiens, à la lecture de ce passage :
« La ville de Paris et tous ses habitants, sans distinction, seront tenus de se soumettre, sur-le-champ et sans délai, au roi, de mettre ce prince en pleine et entière liberté et de lui assurer, ainsi qu'à toutes les personnes royales, l'inviolabilité et le respect auxquels le droit de la nature et des gens oblige les sujets envers les souverains. Leurs Majestés impériale et royale rendent personnellement responsables de tous les événements, sur leurs têtes, pour être punis militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assemblée nationale, du district, de la municipalité et de la garde nationale de Paris, les juges de paix et tous autres qu'il appartiendra; déclarent, en outre, Leursdites Majestés, sur leurs foi et parole d'empereur et roi, que si le château des Tuileries est forcé et insulté; que, s'il est fait la moindre violence, le moindre outrage à Leurs Majestés le roi et la reine et à la famille royale; s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur sûreté, à leur conservation et à leur liberté, elles en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés coupables d'attentat, aux supplices qu'ils auront mérités. Leurs Majestés impériale et royale promettent, au contraire, aux habitants de la ville de Paris, d'employer leurs bons offices auprès de Sa Majesté Très-Chrétienne pour obtenir le pardon de leurs torts et de leurs erreurs, et de prendre les mesures les plus vigoureuses pour assurer leurs personnes et leurs biens, s'ils obéissent promptement et exactement à l'injonction ci-dessus. »
Ne dirait-on pas que l'Europe eût juré la perte du mal-