LIVRE DEUXIÈME
vraies. Je crois qu'on a plus tôt fait un sage peuple qu'un homme de bien. »
Selon lui, la Constitution pourra donner au peuple des mœurs politiques en harmonie avec elle; il faut, en conséquence, se hâter de la faire. Quant aux mœurs d'une autre sorte, il laisse au temps et aux lois d'ensemble le soin de les améliorer; mais les moyens de coercition lui répugnent. « Pour fonder la République, disait-il souvent, il faut la faire aimer. » 11 veut surtout calmer l'incertitude du crédit public, et adoucir des maux qui font douter de la bonté d'un gouvernement.
« Vous avez juré, dit-il aux représentants, de maintenir l'unité; mais la marche des événements est au-dessus de ces sortes de lois, si la Constitution ne les consacre point. Il faudrait l'interroger, deviner les causes de tous les maux, et ne point traiter comme un peuple sauvage un peuple aimable, spirituel et sensible, dont le crime est de manquer de pain. »
Après avoir habilement traité la question des défrichements, des pâturages, des troupeaux si nécessaires aux engrais ; après avoir comparé le prix ancien de la viande, des draps, du pain, avec le prix actuel, accru dans de menaçantes proportions ; après s'être étonné qu'on fût obligé de tirer les cuirs de l'Angleterre, et qu'on n'eût, en quelque sorte, travaillé que pour l'Europe, il reprend :
« On est devenu plus avare et plus fripon ; les travaux excessifs des campagnes ont produit des épidémies; les économistes ont perfectionné le mal ; le gouvernement a trafiqué. Les seigneurs avaient tiercé trois fois depuis quarante ans; et, pour conserver leurs entreprises par un
acte de possession, ils plantaient ces tiercements en mauvais bois qui multipliaient le gibier, occasionnaient le ravage des moissons et diminuaient les troupeaux ; en sorte que la nature et le loisir n'étaient plus faits que pour les bêtes, et le pauvre ne défrichait encore que pour elles. La révolution est venue, et, comme je l'ai dit, les produits étant cachés, le signe a perdu sa valeur. »
Il insiste donc pour qu'on porte, sans retard, assistance aux manufactures, au commerce, à l'industrie et à l'agriculture ; il demande qu'on encourage par des primes l'exportation des denrées ouvrées en France. Si l'on ne coupe le mal dans sa racine, il prévoit le jour où il faudra d'énormes sommes pour représenter les moindres valeurs commerciales; où le peuple gémira dans une immense détresse ; où les rentes fixes seront réduites à rien ; où enfin l'État ne pourra plus honorablement payer ses dettes avec des monnaies discréditées.
« Le vice de notre économie étant l'excès du signe, poursuit-il, nous devons nous attacher à ne pas l'augmenter, pour ne pas en accroître la dépréciation. Il faut créer le moins de monnaie qu'il nous sera possible. On peut y parvenir sans augmenter les charges du trésor public, soit en donnant des terres à nos créanciers, soit en affectant les annuités à leur acquittement ; alors nous ne chercherons plus des ressources dans des créations immodérées de monnaies, méthode qui corrompt l'économie, et qui, comme je l'ai démontré, bouleverse la circulation et la proportion des choses. Si vous vendez, par exemple, les biens des émigrés, le prix anticipé de ces fonds, inertes par eux-mêmes, sera en circulation et se mesurera contre les produits qui représentent trente fois