‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 57 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

moins. Comme ils seront vendus très-cher, les produits renchériront proportionnellement, comme il est arrivé des biens nationaux, et vous serez toujours en concurrence avec vous-mêmes. Au contraire, les annuités étant de simples contrats, qui n'entrent point comme signes dans le commerce, elles n'entreront point non plus en concurrence avec les produits. L'équilibre se rétablira peu à peu. Si vos armées conquièrent la liberté pour les peuples, il n'est point juste que vous vous épuisiez pour ces peuples; ils doivent soulager notre trésor public, et dès lors nous avons moins de dépenses à faire pour entretenir nos armées. Enfin, le principal et le seul moyen de rétablir la confiance et l'augmentation des denrées, c'est de diminuer la quantité du papier en émission et d'être avare d'en créer d'autre.

» Les dettes de l'État seront acquittées sans péril par ce moyen. Vous attacherez tous les créanciers à la fortune de la République ; le payement de la dette n'altérera point la circulation naturelle; au lieu que, si vous payez par anticipation, le commerce sera tout à coup noyé, et vous préparerez la famine et la perte de la liberté par l'imprudence de l'administration. »

Ce qu'il veut comme palliatif à tous les maux, à tous les abus, c'est que la quantité de papier n'augmente point; que le laboureur puisse vendre librement ses grains ; que le gouvernement ait des greniers pour les temps malheureux; que les charges du trésor public diminuent. Pour arriver à ce résultat, il propose le décret suivant, dont il demande le renvoi aux comités de finance et d'agriculture réunis :

Art. I. Les biens des émigrés seront vendus ; les

annuités seront converties en contrats, qui serviront à rembourser la dette.

» Art. II. L'impôt foncier sera payé en nature et versé dans les greniers publics.

» Art. III. Il sera fait une instruction sur la libre circulation des grains; elle sera affichée dans toutes les communes de la République.

» Art. IV. La Convention nationale déclare que la circulation des grains est libre dans l'intérieur.

» Art. V. Qu'il soit fait une loi, qui nous manque, concernant la liberté de la navigation des rivières, etune loi populaire qui mette la liberté du commerce sous la sauvegarde du peuple môme, selon le génie de la République.

» Art. VI. Cette dernière loi faite, je proposerai que l'on consacre ce principe, que les fonds ne peuvent point être représentés dans le commerce.

» Telles sont, dit-il en terminant, les vues que je crois propres à calmer l'agitation présente ; mais, si le gouvernement subsiste tel qu'il est, si l'on ne fait rien pour développer le génie de la République, si l'on abandonne la liberté au torrent de toutes les imprudences, de toutes les immoralités que je vois, si la Convention ne porte point un œil vigilant sur tous les abus, si l'orgueil et l'amour de la sotte gloire ont plus de part aux affaires que la candeur et le solide amour du bien, si tous les jugements sont incertains et s'accusent, enfin, si les bases de la République ne sont pas incessamment posées, dans six mois la liberté n'est plus (1).

(1) Voyez ce magnifique discours dans le Moniteur du 1*»" décembre 1792, n<> 336.

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