‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 60 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Saint-Just prit la parole pour appuyer la première partie du plan proposé par Siéyès et combattre les deux dernières parties. Il prouva, par son discours, à quel haut degré il possédait le génie pratique du gouvernement.

Le ministre, suivant lui, ne peut être responsable des désordres dont on se plaint au sujet du département de la guerre, parce que ses moyens de répression sont insuffisants. Il en voit la preuve dans la réorganisation même proposée par Siéyès, dont la nécessité atteste l'impuissance du ministère.

« La République périrait, dit-il, si les ressorts de l'administration provisoire manquaient d'un mouvement commun et d'un principe d'activité; car les principes et les idées de la liberté ne remplacent point l'harmonie du gouvernement. Naguère, la malignité et l'inertie du chef entravaient la marche des affaires; aujourd'hui, l'incohérence des rapports politiques produit le même effet. Rien ne remplace Tordre et n'en tient lieu ; et, si, sans examiner la nature du mal, on se contente d'invoquer la sévérité contre les agents, on repousse des emplois des hommes éclairés qui gémissent de l'impossibilité défaire le bien dans une place très-orageuse. »

Après avoir insisté sur ce point, que tout pouvoir, pour ne pas dégénérer en royauté, doit être dépendant de la Convention, centre d'autorité suprême, il demande néanmoins pour le ministre une part d'initiative suffisante, et ajoute :

« Aujourd'hui, la puissance exécutrice qui gouverne la République ne peut rien prescrire, diriger, réprimer

par elle-même, où le pouvoir lui manque. Les ministres n'ont bien souvent contre les abus que la voie de dénonciation. On croirait, au premier coupd'œil, que cette faiblesse de l'autorité qui gouverne est favorable à la liberté, et qu'elle lui ôte les moyens d'entreprendre sur le peuple ; mais on se trompe. Si vous refusez aux magistrats la puissance nécessaire, fondée sur des lois, les mesures arbitraires s'y glissent nécessairement; ou tout languit, faute de lois. »

11 passe ensuite en revue les vices de l'administration actuelle. Les marchés conclus pour l'habillement des troupes ne sont pas contrôlés par le ministre, qui ne connaît point la qualité des fournitures, et se trouve sans moyen d'exercer une surveillance immédiate sur leur emploi.

Critiquant sévèrement l'achat des chevaux, fait également sans garantie, il constate qu'aucune peine n'est portée contre les inspecteurs de la cavalerie qui reçoivent de mauvais chevaux et s'entendent avec les fournisseurs pour prélever des gains énormes et illicites. De là, une horrible dilapidation des deniers publics.

Si le ministre n'a point d'agents immédiats pour surveiller l'emploi des fonds envoyés par la trésorerie aux payeurs spéciaux de l'armée, dont la comptabilité est désastreuse, la faute en est au manque d'harmonie, si nécessaire dans l'administration de la guerre.

Quant aux subsistances, même incurie, mêmes désordres, même impuissance de la part du ministre.

« Les préposés aux charrois, poursuit-il, les distributeurs et les agents subalternes comptent également avec la régie de manutention, qui manque de garantie contre

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