‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 65 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

vail d'analyse et de discussion pour démontrer rigoureusement la valeur des œuvres de quelques-uns de ces écrivains qui s'intitulent, sans doute, honnêtes et modérés.

Ces réflexions nous sont naturellement inspirées par un passage du livre de M. Éd. Fleury, où, dans le but de transformer Saint- Just en fauteur de séditions, les faits les plus clairs sont odieusement dénaturés.

On se rappelle le beau discours prononcé par Saint- Just, à l'occasion des subsistances, dont la question n'avait pas été entièrement tranchée par la loi du 9 décembre. Dans les premiers mois de 1793, la misère était grande encore; le peuple, qui avait mis tout son espoir dans la Convention, attendait avec impatience une loi de nature à apporter un remède définitif à ses maux. Les agitateurs ne manquèrent pas de profiter de ces moments de crise, que contribuaient à entretenir tous les ennemis de la Révolution.

Le 11 février 1793, et non pas le 10, Bréard, qui présidait la Convention, reçut la lettre suivante, dont il donna immédiatement connaissance à l'Assemblée :

« Les commissaires des sections de Paris réunies demandent à paraître à la barre pour présenter une pétition sur les subsistances. La faim ne s'ajourne pas. Il est impossible que nous désemparions sans avoir été admis, à moins que nous ne soyons éloignés par un décret, prononcé en présence des Parisiens et des fédérés des quatre-vingt-trois départements qui sont debout avec nous. »

La Convention, irritée du ton de menace qui régnait dans cette lettre, refusa d'admettre les pétitionnaires,

les renvoya au comité d'agriculture et passa à l'ordre du jour.

Tels sont les renseignements fournis par le Moniteur (1). Lisons maintenant la version de M. Éd. Fleury, sur les procédés historiques duquel nous appelons l'attention sévère du lecteur impartial : « Le 10 février, écrit-il en commettant une première erreur, les quarante -huit sections de Paris envahirent la Convention (2). «—Ainsi, la lettre des commissaires, lue par le président, se transforme en envahissement de l'Assemblée par les quarante-huit sections de Paris. — Continuons : « Un orateur se présenta à la barre, en disant que la faim ne s'ajournait pas. « Il est impossible, » ajoutait-il avec audace en cherchant de l'œil l'approbation des meneurs, « il est impossible que nous désemparions sans avoir été » admis, etc.. » Comme on le voit, cela devient de plus fort en plus fort; la scène est dramatisée; le président de la Convention, lisant la lettre des commissaires, est transfiguré en orateur factieux, « cherchant de l'œil l'approbation des meneurs » qui, suivant le véridique écrivain, siégeaient sur les bancs mêmes de l'Assemblée.

Le lendemain 12, les commissaires, éconduits la veille, revinrent à la Convention. Il ne faut pas oublier que le droit de pétition était alors un droit sacré et reconnu. Le Moniteur raconte ainsi cette seconde démarche: « Les députés qui s'étaient présentés hier, pour faire une pétition relative aux subsistances, sollicitent de nouveau et obtiennent l'admission à la barre (3). »

Ainsi donc, et j'insiste sur ce point, les pétitionnaires

(i) Moniteur du 13 février 1793, n° 44.

(2) Saint-Jusl, par M. Edouard Fleury, 1. 1, p. 254.

(3) iVom'/eurdu 14 février 1793, n«4b\

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