LIVRE DEUXIÈME
sollicitent et obtiennent cette fois leur admission à la barre. Voilà pourtant ce qui, dans l'imagination de M. Éd. Fleury, prend les proportions d'une sorte d'insurrection dont il veut que Saint-Just soit l'instigateur et le chef. Examinons par quelles perfidies il essaye de donner quelque consistance à son accusation.
L'orateur de la députation, qui concluait à l'établissement du maximum et à la prohibition de la libre circulation des grains, avait blâmé, dans son discours, plusieurs des opinions émises sur la question des subsistances par Saint-Just, qu'on ose pourtant présenter comme le complice des malencontreux pétitionnaires ; la parole peu mesurée de l'orateur avait, plusieurs fois, excité les murmures de l'Assemblée.
Un autre membre de la députation voulut parler « au nom de ses frères des départements. » Louvet l'interrompit, en s'écriant : « Y a-t-il en France deux Conventions, deux Représentations nationales ? »
Le président, tout en blâmant énergiquement l'imprudent orateur, lui décerne cependant les honneurs de la séance. Plusieurs membres, de leur côté, demandent que les commissaires des sections de Paris soient admis aux honneurs de la séance, excepté celui qui a eu l'audace de parler au nom des départements. Quelques voix s'écrient : « A la bonne heure ! »
Un député demande la parole pour s'opposer à cette mesure ; et ce député, c'est Marat, que M. Éd. Fleury accuse aussi d'avoir organisé, avec Saint-Just, ce qu'il prétend avoir été un envahissement de la Convention.
Écoutons donc ce terrible Marat, qui fut le dieu des vainqueurs de thermidor.
« Les mesures qu'on vient de vous proposer à la barre,
pour rétablir l'abondance, sont si excessives, si étranges, si subversives de tout bon ordre ; elles tendent si évidemment à détruire la libre circulation des grains et à exciter des troubles dans la République, que je m'étonne qu'elles soient sorties de la bouche d'hommes qui se prétendent des êtres raisonnables et des citoyens libres, amis de la justice et de la paix. Les pétitionnaires qui se présentent à votre barre se disent commissaires des quarante-huit sections de Paris. Pour avoir un caractère légal, ils auraient dû avoir le maire de Paris à leur tête. Je demande d'abord qu'ils soient tenus de justifier de leurs pouvoirs. Un des pétitionnaires a parlé au nom des départements, je demande qu'il justifie de sa mission. Ne vous y trompez pas, citoyens : c'est ici une basse intrigue. (C'est M arat qui parle; entendez-vous, M.Fleury ?) Je pourrais nommer ici des individus notés d'aristocratie ; mais les mesures que je propose serviront a les faire connaître et à couvrir de honte les auteurs. Je demande que ceux qui en auront imposé à la Convention soient poursuivis comme perturbateurs du repos public. »
Voilà donc Marat bien lavé du reproche d'avoir provoqué cette pétition des commissaires des quarante-huit sections de Paris. Il y a mieux; c'est que plusieurs réactionnaires, bien connus, se trouvaient parmi les pétitionnaires. Or, Saint-Just n'était pas de trempe à faire cause commune avec eux.
Carra prit, à son tour, la parole. Après avoir flétri la conduite des propagateurs de fausses nouvelles, après avoir dénoncé ces hommes , éternels ennemis de la République, qui, à l'aide des mots de patriotisme et de bien public, parviennent à égarer les citoyens faibles, et