‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 67 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

cherchent à entraver les travaux de la Convention, il repousse, comme Marat, l'admission des pétitionnaires aux honneurs de la séance, et propose l'accusation de celui qui a osé parler au nom des départements.

M. Fleury travestit odieusement ce discours : « Carra, dit-il, proposa une enquête dont le but serait d'arriver à découvrir par qui les pétitionnaires avaient été entraînés; » ce qui est entièrement faux : Carra n'a pas dit un mot de cela. « En désignant Saint-Just du doigt et du regard, ajoule-t-il, il flétrit ces grands coupables de la politique qu'il ose appeler : les hypocrites en patriotisme (1). » Ce qu'il faut flétrir ici, ce sont ces indignes inventions, imaginées par le génie de la haine. Cette expression : hypocrites en patriotisme, n'est pas sortie de la bouche de Carra; elle est de M. Fleury, à qui nous devons en restituer -l'honneur. Carra n'a fait aucune allusion a Saint-Just; il ne l'a désigné ni du doigt ni du regard ; et cela par une raison bien simple, c'est qu'au moment où il prononça les très-dignes et très-courtes paroles qu'on peut lire au Moniteur, Saint-Just n'avait pas encore été nommé par le pétitionnaire, cause de tout le tumulte.

Le nom de Saint-Just, fut, en effet, cité; nous allons bientôt voir comment.

Après Carra, plusieurs députés se succédèrent à la tribune, et Marat, appuyé par Louvet, demanda de nouveau l'arrestation du pétitionnaire. Lamarque et Duprat, un Girondin, parlèrent en faveur de ce dernier, et demandèrent qu'il fût au moins entendu. L'Assemblée y ayant consenti, le pétitionnaire prit la parole, et s'exprima en termes parfaitement convenables. C'était un commissaire de la section Poissonnière. Après avoir

(I) Saint-Just, par M. Éd. Fleury, t. I, p. 233 et 236.

expliqué dans quelles circonstances il avait été nommé vice-président de la commission, il ajouta, et ici je copie le Moniteur : « Ce matin, arrivé dans cette enceinte, nous nous sommes entretenus avec un de vos membres ; il nous a dit qu'après la lecture de la pétition, il faudrait demander que la Convention s'occupât, toute affaire cessante, de faire une loi sur les subsistances pour la République entière...

» Plusieurs voix.— Le nom du membre qui a parlé au pétitionnaire?

» Le pétitionnaire. — On m'a dit qu'il s'appelle Saint- Just; mais je ne le connais pas.

» Saint-Just monte à la tribune.

» Thuriot. — Je demande que le pétitionnaire déclare s'il a communiqué la pétition entière à Saint-Just; car il en impose encore à l'Assemblée (1). »

Voyons de quelle manière M. Fleury travestit cette scène, toujours pour essayer de transformer Saint-Just en agent secret de l'émeute. Suivant lui, « le pétitionnaire raconta que, le matin même, un membre de la Convention s'était mêlé à la députation des sections, et l'avait fort exhortée à insister pour être admise à la barre et présenter sa pétition (2). » Cela n'est pas vrai ; rien de semblable n'a été dit par le pétitionnaire, comme on peut s'en convaincre par le Moniteur. Et plus loin : « Le nom du membre qui a parlé au pétitionnaire! son nom! s'écrièrent tous les Girondins dans l'exaltation du triomphe. » Ainsi, voilà les quelques voix dont parle le Moniteur, qui, sous la plume complaisante de M. Fleury, deviennent « tous les Girondins dans l'exaltation du triomphe. »

{{) Moniteur du U février 1793, n" m.

(2) Saint-Just, par M. Éd. Fleury, 1. 1, p. 256.

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