‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 68 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Hommes honnêtes de tous les partis, je vous le demande, est-il possible de falsifier les faits avec plus d'impudeur? Assurément, quand on se montre aussi scrupuleux dans la narration exacte et sincèredes événements, on aurait grand tort de ne pas railler, impitoyablement et sans mesure, M. de Lamartine, sur ses erreurs historiques.

Mais la réponse du pétitionnaire ne prouve-t-elle pas surabondamment que Saint-Just n'a en rien participé à cette manifestation? « Je ne le connais pas. » Tout esprit moins égaré et moins prévenu eût été éclairé par ces simples mots. Comment croire, en effet, qu'un membre de la Convention , qui aurait suscité cette pétition , ne fût pas même connu des orateurs de la députation , et fût précisément celui dont les opinions sur les subsistances étaient surtout blâmées par les pétitionnaires?

Saint-Just, qui était monté à la tribune, s'expliqua en ces termes :

« Quand je suis entré, ce matin, dans cette assemblée, on distribuait une pétition des quarante-huit sections de Paris, dans laquelle je suis cité d'une manière désavantageuse. Je fus à la salle des conférences, où je demandai à celui qui devait porter la parole , si j'avais démérité dans l'esprit* des auteurs de la pétition : il me dit que non ; qu'il me regardait comme un très-bon patriote. Je lui demandai les moyens qu'il voulait proposer ; une personne me présenta du blé noir dans sa main , et me dit qu'il y en avait beaucoup de celte espèce débarqué au port Saint-Nicolas. Je lui dis : « Quelle que soit votre position, je vous invite à ne point agir avec violence ; calmezvous et demandez une loi générale. Si la Convention ajourne votre proposition, alors je demanderai la parole,

et je suivrai le fil des vues que j'ai déjà présentées. Citoyens, je n'ai point dit autre chose. »

Cette explication, aussi nette et aussi claire que possible, mit fin aux débats. Les deux orateurs de la députation furent renvoyés au comité de sûreté générale, sur la proposition de Marat et d'Osselin.

Si nous nous sommes étendu aussi longuement sur une chose en elle-même assez insignifiante, c'est que nous tenions à édifier le lecteur sur la valeur des deux volumes publiés sur Saint-Just par M. Fleury. Nous voulons faire connaître à l'aide de quels procédés indignes cet historien , si nous devons le nommer ainsi, a tâché d'amoindrir et de déprécier Saint-Just; c'est pourquoi nous avons raconté avec quelques détails un fait sur lequel nous prenons M. Fleury en flagrant délit de faux historique. Ab uno disce omnes. Si quelques calomnies, ramassées dans la haine et dans la boue, parviennent, en l'absence de preuves contraires, à prendre une certaine consistance dans l'esprit d'un public trop facilement crédule, combien ne devons-nous pas nous applaudir, lorsque nous trouvons, dans l'inexorable Moniteur, la preuve éclatante de la vérité et le moyen de donner le démenti le plus formel à des accusations mensongères, qui doivent retomber de tout leur poids sur leur auteur.

Non, Saint-Just ne prit aucune part aux tristes scènes d'insurrection dont la Convention nationale fut le théâtre. S'il combattit les Girondins, ce ne fut pas par des voies ténébreuses et souterraines ; il le fit publiquement, à la face de tous, du haut de la tribune de la Convention , et comme rapporteur du Comité de Salut public.

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