‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 69 sur 351 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Premières discussions sur la Constitution. — Événements du 10 mars.

— Établissement du tribunal révolutionnaire. — Discours de Saint-Just surla Constitution à donner à la France.— La Constilution de Saint-Just.

— Il discute la division politique de la République. — Son opinion sur les

fondions des municipalités. - 11 défend Paris.

Ce qui sera l'éternel honneur de la Convention nationale, c'est que, au milieu des déchirements de la guerre civile, au milieu des plus formidables crises que jamais peuple ait eu à traverser, elle n'a pas un seul instant douté du salut de la patrie ; c'est qu'elle fut constamment a la hauteur du péril, et fit face à tous les dangers ; c'est que, pressée par la Vendée, par les intrigues de l'intérieur et par la coalition étrangère, elle discutait, dans un calme solennel, la Constitution à donner au pays, décrétait d'admirables institutions civiles et jetait les fonde-

ments de tout ce qu'il y a encore en France de plus grand, de plus noble et de plus utile. Imposant spectacle, unique dans les fastes du monde!

Presque en même temps, elle votait la levée de trois cent mille hommes, et, sur la proposition de Brissot, déclaraitsolennellement la guerre à l'Angleterre, pour répondre aux violences et aux perfidies du gouvernement britannique (1er février 1793).

Tout cela ne la détournait point de son but principal. Dans le cours de ce même mois de février, Condorcet prononça, au nom du comité de Constitution, un immense discours sur la Constitution élaborée par le comité, dont il lut ensuite le projet. Nous en parlerons lorsque nous analyserons l'acte constitutionnel adopté par l'Assemblée, acte auquel Saint-Just travailla activement.

Ce fut quelques jours après la séance où Condorcet avait pris la parole, qu'eurent lieu, dans Paris, les troubles occasionnés par la rareté et le haut prix des objets de première nécessité, et que commencèrent les mouvements hostiles d'une partie de la population contre les principaux membres de la Gironde. J'en dirai quelques mots pour établir d'une manière certaine que Saint-Just y demeura complètement étranger. Homme de gouvernement avant tout , il voyait d'un mauvais œil ces soulèvements populaires, qu'il regardait avec raison comme compromettants pour la liberté.

Ce qu'on a appelé l'insurrection morale du 10 mars (elle fut, en effet, bien pacifique), nous paraît avoir été surtout le résultat de la fermentation et de l'enthousiasme produits par les décrets que rendit la Convention nationale, à la nouvelle de nos revers en Belgique, pour pousser toute la France aux frontières. Les presses du journaliste girondin Gorsas brisées; quelques attroupements aux

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