‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 7 sur 351 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

et Adeline est enfermée dans un château, où elle se lamente en ces termes :

C'est donc ici que le ciel rigoureux

Fixe à jamais mon destin amoureux !

Que deviendrai-je en ces déserts sauvages?

J'entends la mer se briser sur ces plages,

Tout est brûlé des feux ardents du jour,

Ainsi mon cœur est brûlé par l'amour.

0 mon amant, quel effroyable espace

En ce moment te sépare de moi !

Que dis-je, hélas ! mon cœur est près de toi,

Le tien peut-être a volé sur ma trace !

Ces vieux châteaux forts, dont il reste aujourd'hui si peu de traces, mais que, pour le plus grand dommage des pauvres habitants des campagnes, on rencontrait à chaque pas dans la France du moyen âge, semblent faire impression sur Saint-Just. Il y revient souvent :

Ce pont-levis, sur son axe rouillé, Rappelle au cœur les pas qui l'ont foulé. Dans les langueurs d'une amoureuse absence Quelque beauté, du haut de cette tour, Chercha des yeux l'objet de son amour ; Cette terrasse a vu rompre la lance ; Il gît peut-être en ces débris moussus Quelques beautés qui ne souriront plus.

Cette déserte et tranquille tourelle Vit soupirer un amant et sa belle, Elle entendit leurs baisers, leurs soupirs... Las! où sont-ils ces moments, ces plaisirs?

Je remarque une description de la Folie faisant son tour de France :

Elle parcourt les rivages gaulois, Bords fortunés et soumis à ses lois.

Là de tout temps elle fut adorée, Comme Phœbus à Delphes autrefois, Et le soleil, de la voûte éthérée, N'éclaire pas, dans ce fol univers, A son amour des rivages plus chers.

Il y a quelques réminiscences du Paradis perdu de Milton. Dieu me garde de comparer un essai d'écolier à cette œuvre gigantesque du poëte anglais ; on sent pourtant que Saint-Just a dû s'en inspirer quelquefois. Au moment de dépeindre le combat de l'ange et du démon, il s'écrie :

0 Dieu de paix, vous le permîtes donc !

Satanias, en bon général d'armée, harangue de la façon suivante sa légion de diables :

Fiers ennemis de Dieu, Voici le ciel, autrefois votre place; De mon forfait je n'ai point de remord, Par un nouveau couronnons notre audace, Et vengeons-nous de l'injure du sort.

Il l'a voulu ; par un coup de tonnerre Précipité du séjour de lumière, Le noir Ténare, en ses flancs odieux, Servit d'asile à l'élite des dieux.

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