LIVRE PREMIER
J'ai tout perdu, ma dignité suprême, Mon sceptre d'or et ce trône immortel Qui dominait les puissances du ciel; Mais, malgré tout, je suis encor moi-même, Indépendant des arrêts du destin :
J'étais un dieu, je le serai sans fin ; Et les sillons de la foudre éclatante, Et les tourments de la Géhenne ardente Ne peuvent point arracher à mon cœur Ni repentir, ni l'aveu d'un vainqueur.
Je fus jadis, dans l'Olympe céleste, Le dieu du bien ; le mal et la fierté Sont mon essence et ma divinité.
J'ai tout perdu, mon courage me reste Pour triompher ici de mes rivaux Ou pour braver des supplices nouveaux.
Plus loin, sa verve railleuse s'exhale contre les trafics scandaleux de l'Église, qu'à une autre époque avait flétris la grande voix prophétique de Luther :
Icelle mit à l'Olympe un portier, Lequel portier sa peine fit payer.
Il repoussa durement de l'entrée Toute vertu qui n'était pas dorée.
On acheta, on vendit les miracles, Et l'avarice inspira des oracles.
Le dieu d'amour, le dieu de pauvreté Au poids de l'or vendit la charité.
Il s'enrichit, et la chèvre Amalthée Vint habiter rétable de Judée.
On sent dans les veines de sa muse un peu de ce vieux
sel gaulois qui pétille dans les ouvrages de Rabelais et de Régnier. Après la description d'un orage, suit cette comparaison :
Telle, en hiver, après ces nuits palpables Où d'Éolus les sifflets importuns Semblent vouloir éveiller les défunts, Un dévote, en conjurant les diables, Quitte son lit où les fils de Vénus Nichaient jadis à côté des agnus, Puis, endossant sa maternelle cape, Au premier bruit des cloches dans les airs , Vole à l'église avec son chien qui jappe Et son, missel qu'elle tient à l'envers. Elle aperçoit débris de cheminées, Par Boréas à moitié ruinées, Débris de saint dans sa niche ébranlé, Débris de toits où le vent a sifflé.
Un pauvre hère a couché dans la rue ; La vieille prie et n'en est pas émue, Et cependant d'indécents aquilons, En folâtrant dans les saints cotillons, Laissent lorgner au plaisant qui chemine D'autres débris sur lesquels il badine.
Dans un voyage à Paris, Organt visite les théâtres, les promenades, le Palais, l'Académie, et il en fait une revue critique. Il décrit longuement le Palais-Royal, qui, à cette époque, était un assez mauvais lieu. Le trait suivant est décoché à l'Académie, que , du reste, plusieurs de ses membres n'ont eu garde d'épargner avant d'en faire partie :