‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 71 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Robespierre prirent tour à tour la parole. « Fuyez, disait ce dernier, la manie ancienne des gouvernements, de vouloir trop gouverner; laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit pas à autrui; laissez aux communes le pouvoir de régler leurs propres affaires, en tout ce qui ne tient pas à l'administration générale de la République; rendez à la liberté individuelle tout ce qui n'appartient pas essentiellement à l'autorité publique, et vous aurez laissé d'autant moins de prise à l'ambition et à l'arbitraire. »

Belles paroles, que les législateurs devraient éternellement se rappeler pour en faire l'application. Si, dans notre opinion, le discours prononcé par Saint Just l'emporte sur les autres, c'est qu'en même temps qu'il est également empreint du plus sage et du plus énergique amour de la liberté, il contient, au point de vue de la pratique et de la science du gouvernement, des idées beaucoup plus fortes.

Saint-Just monta à la tribune le 24 avril, le jour même où, par l'imprudence des Girondins , Marat triomphait avec tant d'éclat au Tribunal révolutionnaire.

« Que la Constitution , dit-il en commençant, soit la réponse et le manifeste de la Convention sur la terre. Le jour où elle sera donnée au peuple français, -poursuit-il, les divisions cesseront, les factions accablées ploieront sous le joug de la liberté, les citoyens retourneront a leurs ateliers, à leurs travaux, et la paix, régnant dans la République, fera trembler les rois.

» Soit que vous fassiez la paix ou que vous fassiez la guerre, vous avez besoin d'un gouvernement vigoureux; un gouvernement faible et déréglé qui fait la guerre, ressemble à l'homme qui commet quelques excès avec

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un tempérament faible : car, en cet état de délicatesse où nous sommes, si je puis parler ainsi, le peuple français a moins d'énergie contre la violence du despotisme étranger, les lois languissent, et la jalousie de la liberté a brisé ses armes. Le temps est venu de sevrer cette liberté et de la fonder sur ses bases ; la paix et l'abondance, la vertu publique, la victoire, tout est dans la vigueur des lois ; hors des lois , tout est stérile et mort.

» Tout peuple est propre à la vertu et propre à vaincre ; on ne l'y force pas , on l'y conduit par la sagesse. Le Français est facile à gouverner; il lui faut une Constitution douce, sans qu'elle perde rien de sa rectitude. Ce peuple est vif et propre à la démocratie; mais il ne doit pas être trop lassé par l'embarras des affaires publiques ; il doit être régi sans faiblesse, il doit l'être aussi sans contrainte.

» En général, l'ordre ne résulte pas des mouvements qu'imprime la force. Rien n'est réglé que ce qui se meut par soi-même et obéit à sa propre harmonie. La force ne doit qu'écarter ce qui est étranger à celte harmonie. Ce principe est applicable surtout à la constitution naturelle des empires. Les lois ne repoussent que le mal; l'innocence et la vertu sont indépendantes sur la terre. »

Suivant lui, un gouvernement fort n'est nullement incompatible avec la liberté, que les peuples recouvreront quand les rapports de justice seront parfaitement établis entre les hommes, ce qui lui paraît plus facile qu'on ne le pense. Il faut, pour cela, que le gouvernement soit plutôt un ressort d'harmonie que d'autorité.

« L'origine de l'asservissement des peuples, reprendil, est la force complexe des gouvernnements; ils usèrent

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