‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 72 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

contre les peuples de la même puissance dont ils s'étaient servis contre leurs ennemis.

» L'altération de l'àme humaine a fait naître d'autres idées. On supposa l'homme farouche et meurtrier dans la nature, pour acquérir le droit de l'asservir...

» Les anciens Francs , les anciens Germains n'avaient presque point de magistrats; le peuple était prince et souverain; mais quand les peuples perdirent le goût des assemblées pour négocier et conquérir, le prince se sépara du souverain, et le devint lui-même par usurpation. »

Plus la Constitution est forte, pense-t-il, plus grande et plus durable doit être la liberté d'un peuple. Qu'elle soit donc telle, qu'il soit impossible au gouvernement de l'ébranler; qu'elle soit propre surtout à la nation française, si longtemps soumise aux mauvaises lois d'un régime absolu. Il songe surtout à raffermir par les mœurs, et développe ainsi son système :

« Plus il y a de travail ou d'activité dans un État, plus cet État est affermi; aussi la mesure de la liberté et des mœurs est-elle moindre dans le gouvernement d'un seul que dans celui de plusieurs, parce que, dans le premier, le prince enrichit beaucoup de gens à ne rien faire, et que, dans le second, l'aristocratie répand moins de faveurs; et de même, dans le gouvernement populaire, les mœurs s'établissent d'elles-mêmes, parce que le magistrat ne corrompt personne, et que tout le monde y travaille.

» Si vous voulez savoir combien de temps doit durer votre république, calculez la somme de travail que vous y pouvez introduire, et le degré de modestie compatible avec l'énergie du magistrat dans un grand domaine. »

Page 1