‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 76 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

et sont déchus de la qualité de citoyens. Si l'un de ces vieillards est assassiné, il y a deuil et cessation de travaux dans la République, pendant tout un jour.

Ridicule institution ! diront peut-être les partisans des répressions violentes. Tan pis pour ceux qui ne la comprennent point! Ils nous accorderont toutefois que l'homme qui en a eu l'idée n'était point un sauvage et un barbare. Aussi avons-nous dû nous étendre un peu sur cet essai de Constitution, parce qu'il doit contribuer à faire connaître le jeune conventionnel dont nous écrivons la trop courte vie.

Pour maintenir l'autorité des lois et repousser une attaque imprévue, la République entretient une force suffisante; mais toute la jeunesse française doit être élevée au maniement des armes et se tenir prête à marcher, en cas de besoin.

Cette Constitution, dont nous avons essayé de donner une idée, se termine par quelques articles généraux d'une admirable pureté. Ainsi, le peuple français se déclare l'ami de tous les peuples, il offre asile dans ses ports à tous les vaisseaux du monde, son hospitalité est promise aux vertus malheureuses de tous les pays, et... je cite textuellement :

« Les orphelins de père et mère étrangers, morts en France, seront élevés aux dépens de la République, et rendus à leurs familles si elles les réclament :

» La République protège ceux qui sont bannis de leur patrie pour la cause sacrée de la liberté.

» Elle refuse asile aux homicides et aux tyrans.

» La République française ne prendra point les armes pour asservir un peuple et l'opprimer.

» Elle ne fait point la paix avec un ennemi qui occupe son territoire.

» Elle ne conclura point de traités qui n'aient pour objet la paix et le bonheur des nations.

» Le peuple français vote la liberté du monde. »

Tel est, dans son ensemble, cet essai dont la lecture, suivant le journaliste Prudhomme, fut fort applaudie par l'Assemblée. Cette Gonstilution est, comme nous le verrons, très-proche parente de celle qui fut votée quelque temps après; en les comparant, nous rendrons compte de la part que Saint-Just dut apporter à l'œuvre de cette dernière.

Il revient souvent sur cette grande idée de l'unité française; son discours du 15 mai, sur la division politique de la République, y est presque entièrement consacré. Là, il développe de nouveau l'opinion qu'il a mise en pratique dans sa Constitution ; il veut que la division repose sur le peuple même, fractionné par tribus d'électeurs, et non sur le territoire, parce que le gouvernement peut trouver dans ce dernier mode un moyen plus facile d'oppression.

« Les État-Unis d'Amérique, qui n'ont point établi cette distinction, dit-il, n'ont pas reconnu non plus, par une suite nécessaire, que l'unité de la République était dans la division du peuple, dans l'unité de la représentation nationale, dans le libre exercice de la volonté générale.

« Cet État confédéré n'est point, en effet, une république; aussi, les législateurs du uouveau monde ontils laissé dans leur ouvrage un principe de dissolution. Un jour (et puisse cette époque être éloignée), un État s'armera contre l'autre, on verra se diviser les représentants, et l'Amérique finira par la confédération de la Grèce.

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