LIVRE DEUXIÈME
discours de Saint-Just sur les subsistances, les assignats et la Constitution. Mais au moins n'est-ce qu'une petite boutade en passant; et je me garderai bien de chercher querelle à cet excellent maître et ami de nos plus belles gloires contemporaines, qui, le premier, n'a pas craint d'élever la voix en faveur de Robespierre et de Saint- Just.
Il est une sorte de petits esprits, vivant fort à leur aise, qui trouvent très-mal qu'on s'occupe des misères et des souffrances d'autrui, ou du moins qu'on cherche à y remédier par des moyens qui ne sont pas les leurs. Ces gens-là s'intitulent volontiers les gardiens de l'ordre et de la morale publique, en combattant les réformateurs, même quand madame de Pompadour et madame du Barry dispensent les grâces et les pensions, nomment les ambassadeurs, élèvent et abaissent les ministres, trafiquent des lettres de cachet, décident de la paix ou de la guerre, et font largesse de la fortune de la France. Aussi cet infâme xvnie siècle, qui a eu la mauvaise inspiration de mettre fin à ce bon petit état de choses, est-il mis par eux « au Panthéon du crime (1). »
Aujourd'hui, le fantôme du socialisme, ce mot nouveau dont ils se servent pour épouvanter les niais, et que l'Académie n'a pas encore pris la peine de consacrer, les poursuit partout. Ce terme , de fraîche date, trouble leur sommeil et cause la désolation de leurs jours. Socialiste, dans leur bouche, est l'équivalent de coquin , pillard, partageux, autre mot nouveau. Ils n'ont pas manqué de considérer Saint-Just comme un des pères du socialisme moderne (2).
(1) Saint-Just, par Éd. Fleury,t. I, p.2H.
Ce pauvre Saint-Just rêve pour les hommes cette alliance universelle prôchée par le Christ; il souhaite de voir les frontières politiques tomber un jour, et les peuples s'unir dans une fraternelle association. Socialiste.
Ému de la misère des ouvriers de la campagne, dont le salaire est souvent insuffisant aux besoins de la vie matérielle, il croit trouver, dans la distribution mieux équilibrée des fermages, un remède très-simple et trèséquitable. Socialiste.
11 sanctifie le travail. « L'aumône humilie, » dit-il. Cependant la société ne peut laisser mourir de faim un de ses membres. Il veut qu'elle soit constituée de telle sorte que, le jour où les ateliers particuliers viennent à se fermer, elle fournisse du travail à ceux qui n'ont pas d'autres moyens de subsistance. C'est une garantie et une sorte d'assurance mutuelle. Socialiste.
Pour diminuer cette innombrable armée du fisc, qui suffirait à la conquête d'un empire, Saint-Just propose un impôt unique, basé sur le revenu et les profits de chacun, comme plus juste, plus facile et surtout moins coûteux à percevoir, thèse admirablement soutenue de nos jours par un économiste éminent. Socialiste.
Il cherche à résoudre le problème de l'extinction du paupérisme,, qui n'a pas occupé que lui. Il se demande, cet homme qu'on a voulu faire passer pour féroce et méchant , comment on pourrait arriver, sans toucher à la propriété particulière , à empêcher certains hommes de pourrir dans des caves humides, sur une paille infecte, tandis que certains autres jouissent à l'excès de toutes les félicités matérielles de la vie. Il trouve un moyen très-simple : des masses de biens nationaux (qu'il ne faut pas confondre avec les biens des émigrés) sont