‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 85 sur 351 · LIVRE DEUXIEME 2 H · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME 2 H

seront régis par le pouvoir, se remettent sous la loi de la nature et de la justice ; que, venant à s'envisager comme les membres d'une même famille, ils retranchent de leur cité l'esprit particulier qui les rend ennemis, et l'amour des richesses, qui les ruine. Les âmes bienfaisantes qui se livrent à ces illusions connaissent peu toute l'étendue du chemin que nous avons fait hors de la vérité. Ce rêve, s'il est possible, n'est que dans un avenir qui n'est point fait pour nous. »

Puis, comme pour répondre d'avance aux reproches de ceux qui devaient l'accuser de vouloir détruire le luxe dans l'État, il ajoute :

« Un peuple qui se gouvernerait naturellement et renoncerait aux armes, serait bientôt la proie de ses voisins; et, si ce peuple renonçait au luxe et au commerce pour une vie simple, ses voisins s'enrichiraient de ses privations et deviendraient si puissants, qu'ils l'accableraient bientôt. »

L'excès de population le préoccupe aussi; mais, pour y remédier, il ne va pas chercher l'immorale loi de Malthus, ni les moyens barbares employés à Lacédémone; il ne légitime pas la guerre et la conquête, comme quelques-uns l'ont entrepris, et qui, suivant lui, sont nées de l'avarice et de la paresse, non; l'insuffisance d'un territoire, dit-il avec raison, ne vient pas d'un excès de population , mais de la stérilité de l'administration. Écoutez cet admirable morceau :

« Le monde, tel que nous le voyons, est presque dépeuplé; il l'a toujours été. La population fait le tour de la

terre et ne la couvre jamais tout entière. Je n'ose dire quel nombre prodigieuxd'habitantsellepourraitnourrir, et ce nombre ne serait pas encore rempli , quand le fer n'aurait pas immolé la moitié du genre humain. II me semble que la population a ses vicissitudes et ses bornes en tout pays, et que la nature n'eut jamais plus d'enfants qu'elle n'a de mamelles.

» Je dis donc que les hommes sont naturellement en société et naturellement en paix ; et que la force ne doit jamais avoir de prétexte pour les unir ou les diviser. »

On a réuni dans le troisième fragment toutes les idées générales de Saint-Just sur les lois, les mœurs, la République et la Révolution.

Qui nous délivrera delà corruption? s'écrie-t-il tout d'abord. Les lois, pense-t-il. Et il cherche sur quelles institutions solides peut se baser la République sortie de la Révolution. Là , sont des preuves irrécusables de sa science pratique en matière de gouvernement. Les membres trop nombreux des administrations départementales lui semblent inutiles et même dangereux. Ne pressent-on pas l'institution des préfets, des sous-préfets et des maires, dans les lignes suivantes ?

« 11 faut diminuer le nombre des autorités constituées. Il faut examiner le système des magistratures collectives, telles que les municipalités, administrations, comités de surveillance, etc. et voir si distribuer les fonctions de ces corps à un magistrat unique dans chacun ne serait pas le secret de l'établissement solide de la Révolution. »

Il veut le moins de lois possible, parce que là où il y en a trop, le peuple est bientôt esclave. A chaque instant,

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