‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 88 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

quelques erreurs se soient glissées? Il n'en est pas moins vrai que la meilleure partie de ce que nous avons examiné, jusqu'ici, des Institutions républicaines , pourrait très-bien figurer dans une Constitution moderne et contribuer à l'amélioration du sort des hommes.

Les fragments qui suivent, aussi purs, aussi honnêtes, également empreints du plus profond amour de l'humanité, sont moins susceptibles d'application et s'égarent quelquefois dans les nuages. C'est surtout pour cette seconde partie qu'il faudrait des hommes immaculés, à l'abri des passions de la terre et de leurs ravages.

C'est, d'ailleurs, un code complet, où il est traité de l'éducation, du mariage, de la tutelle, de l'hérédité, de l'adoption, des obligations, etc..

Saint-Just se préoccupe, avant tout, de former des citoyens robustes, sains d'esprit et de corps. Comme Lepelletier Saint-Fargeau, dont un plan d'éducation nationale fut lu à la Convention par Robespierre, il enlève à la famille les enfants mâles, dès l'âge de cinq ans, pour les confier à la patrie qui les garde depuis cinq jusqu'à seize ans, les nourrit frugalement et leur donne une éducation militaire et agricole. Il interdit, sous peine de bannissement, aux instituteurs de les frapper, voulant, de bonne heure, imprimer aux hommes le respect qu'ils se doivent entre eux.

De seize à vingt ans, les jeunes gens choisissent une profession et l'exercent chez les laboureurs, dans les manufactures et sur les navires. De vingt et un ans à vingtcinq, ils sont soldats, s'ils ne sont point magistrats. A vingt-cinq ans, ils entrent, mariés ou non, dans la milice nationale.

Dans chaque district, une commission particulière des arts doit donner des leçons publiques.

Quant aux filles, elles sont élevées dans la maison maternelle, et ne peuvent paraître en public, après l'âge de dix ans, sans leur père, leur mère ou leur tuteur.

Il y a un chapitre curieux sur les affections ; l'amitié y est érigée en loi, et tout homme convaincu d'ingratitude est banni.

Les peines sont, en général, d'une excessive douceur dans cette république de Saint-Just. La plus forte est le bannissement, sauf Ja mort pour le meurtrier, s'il vient à quitter l'habit de deuil auquel il est condamné.

Dans ces Institutions, les femmes sont l'objet de la plus tendresollicitude. Quiconque frappe une femme est banni; quiconque, ayant vu frapper une femme, n'a point arrêté celui qui la frappait, est puni d'un an de détention. Les femmes, est-il dit dans un fragment, « ne peuvent être censurées. »

Les mariages se concluent avec une simplicité toute patriarcale. La tendresse des époux leur tient lieu de contrat ; l'acte de leur union ne constate que leurs biens mis en commun. Le divorce est permis ; il devient même obligatoire, lorsque, dans les sept premières années de leur mariage, les époux n'ont point eu d'enfant.

Saint-Just n'admet l'hérédité qu'entre les parents directs. Notre législation est moins restrictive ; mais elle rogne singulièrement, par les droits de mutation et d'enregistrement, les biens transmis, soit en vertu de l'hérédité naturelle, soit en vertu d'un testament.

Le dixième fragment se compose de quelques institutions morales, et renferme des idées touchantes. A une époque où toutes les notions de religion étaient bouleversées; où, aux yeux de quelques athées féroces, c'était presque un crime que de croire en Dieu ; où Chaumette et Hébertinventaient le culte de la déesse Raison, et offraient

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