LIVRE DEUXIEME
aux yeux du peuple un ridicule et scandaleux spectacle, Saint-Just et Robespierre, qu'indignaient ces tristes saturnales, se faisaient remarquer par leurs aspirations religieuses.
« Le peuple français, dit Saint-Just, reconnaît l'Être suprême et l'immortalité de l'âme. »
Quelques esprits, chagrins d'entendre une pareille déclaration sortir de la bouche d'un républicain convaincu, ont trouvé plaisant d'appeler l'Être suprême de Saint- Just un Dieu de convention. Sur l'immortalité de l'âme, ils n'ont rien dit; là, il n'y avait pas moyen de jouer sur les mots. Pauvres esprits! ont-ils donc pour eux un Dieu tout spécial, autre que le Dieu de ceux qui n'épousent ni leurs querelles, ni leurs passions, ni leurs haines, ni leur égoïsme, ni leurs tendances? Comme si l'idée de Dieu était complexe! Gomme si ces expressions : « l'Être suprême, l'Éternel, » n'étaient pas employées à chaque page dans les livres saints !
Ce qui suit doit les chagriner bien plus encore : «Tous les cultes sont également permis et protégés. » Et plus loin : « Les rites extérieurs sont défendus, les rites intérieurs ne peuvent être troublés (1). » C'était décréter là un principe d'ordre public ; et le gouvernement de juillet n'a pas manqué de l'appliquer.
« Le peuple français, ajoute encore Saint-Just, voue sa fortune et ses enfants à l'Éternel.
» Les lois générales doivent être solennellement proclamées dans les temples. »
Il établit aussi que toutes les fêtes publiques commence-
(1) Par rites extérieurs, Saint-Just n'entendait pas ce qu'on entend, par ces mots dans le langage ecclésiastique ; il comprenait seulement les cérémonies religieuses qui se faisaient anciennement dans les lieux publies, autres que ceux consacrés au culle.
ceront par une hymne chantée en l'honneur de la Divinité.
Rien d'étrange et d'inapplicable jusqu'à présent; citons maintenant textuellement ce qui est plus spécialement du domaine de l'imagination et de la poésie.
« Le premier jour du mois germinal, la République célébrera la fête de la Divinité, de la Nature et du Peuple;
» Le premier jour du mois floréal, la fête de la Divinité, de l'Amour et des Époux ;
» Le premier jour du mois prairial, la fêle de la Divinité et de la Victoire;
» Le premier jour du mois messidor, la fête de la Divinité et de l'Adoption;
» Le premier jour du mois thermidor, la fête de la Divinité et de la Jeunesse;
» Le premier jour du mois fructidor, la fête de la Divinité et du Donneur ;
» Le premier jour du mois vendémiaire, la République célébrera dans les temples la fête de la Divinité et de la Vieillesse;
» Le premier jour du mois brumaire, la fête de la Divinité et de l'Ame immortelle.
» Le premier jour du mois frimaire, la fête de la Divinité et de la Sagesse ;
» Le premier jour du mois nivôse, la fête de la Divinité et de la Patrie;
» Le premier jour du mois pluviôse, la fête de la Divinité et du Travail ;
» Le premier jour du mois ventôse, la fête de la Divinité et des Amis.
» Tous les ans, le premier floréal, le peuple de chaque commune choisira, parmi ceux de la commune exclusi-