‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 90 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

vement, et dans les temples, un jeune homme riche, vertueux et sans difformité, âgé de vingt et un ans accomplis et de moins de trente, qui choisira et épousera une vierge pauvre , en mémoire de l'égalité humaine. »

Assurément, tout cela ne convient guère à nos mœurs raffinées et à notre civilisation moderne. Que deviendrait l'Opéra? comme dit Nodier. Pourtant aurait-on le courage de blâmer cette douce et innocente poésie?

Bien différent encore de Platon, qui chasse les poètes de sa République, Saint-Just, dans ses Institutions, fonde des prix de poésie et d'éloquence , honore les arts et le génie et protège l'industrie.

Qui n'approuvera sa poétique et religieuse idée de transformer les cimetières en riants paysages, où chaque famille aurait son petit champ à part; où les fleurs, incessamment renouvelées, nous entretiendraient, dans leur muet langage, de cette vie éternelle dont la mort n'est que la transition? Cela ne vaudrait-il pas ces désolantes nécropoles, si nues, si sèches et si arides, où s'entassent pêle-mêle les ossements des générations?

Les morts lui sont sacrés, et surtout quand leur vie a été utile à la patrie. « 11 faut, dit-il , qu'on croie que les martyrs de la liberté sont les génies tulélaires du peuple, et que l'immortalité attend ceux qui les imitent. »

Le respect le plus absolu pour la vieillesse éclate à chaque page de ce livre, où les vertus, la modestie, l'obéissance à la loi sont prescrites en maximes d'une éloquence nette et concise.

Si , dans ces Institutions républicaines , l'oisiveté est punie , nul ne peut être inquiété dans l'emploi de ses richesses, à moins qu'il ne les tourne au détriment de la société.

Des censeurs sont établis pour surveiller les fonctionnaires publics, que tout citoyen a le droit d'accuser devant les tribunaux, s'ils viennent à se rendre coupables d'un acte arbitraire.

Dans le cinquième fragment, sur les mœurs de l'armée, Saint-Just exalte le courage militaire , nécessaire au maintien de la République ; il prescrit, sur la conduite à tenir devant l'ennemi, des mesures dont il usera bientôt dans ses missions aux armées, joignant ainsi l'application aux préceptes. 11 accorde au soldat blessé le droit de porter une étoile d'or sur le cœur. N'est-ce pas l'idée même de cette belle institution de la Légion d'honneur ?

Çà et là, il émet des pensées d'une force et d'une vérité singulières, témoin celle-ci, qui nous fait songer tristement à la sanglante insurrection de juin, où s'est noyée la République de 1848 : « Les insurrections qui éclatent dans un État libre sont dangereuses quelquefois pour la liberté même, parce que la révolte du crime en usurpe les prétextes sublimes et le nom sacré. Les révoltes font aux États libres des plaies longues et douloureuses, qui saignent tout un siècle. »

Qu'on le raille, après cela, sur son idée de faire acheter des nègres pour les transporter dans nos colonies, où, avec la liberté, il leur serait donné trois arpents de terre et les outils nécessaires à la culture, peu importe! Elle est du moins la preuve qu'il repoussait l'esclavage, admis par le bon chancelier Thomas Morus, dans son île d'Utopie. Ce système, à tout prendre, serait peut-être préférable encore a celui qui consiste à enlever aux champs paternels, où leurs bras font défaut, des milliers de malheureux, voués fatalement à mourir au loin, de misère et de nostalgie.

Nous regrettons que les bornes de cet ouvrage ne nous

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