CHAPITRE VI
Lutte entre la Montagne et la Gironde — Commission des Douze. — Saint-Jusl est adjoint au Comité de Salut public. — Journées des 31 mai et 2 juin. — Jugement sur les Girondins. — La Constitution de 1793.
Il nous faut enfin sortir du domaine des idées pour entrer dans celui des faits, et peindre les déchirements douloureux qui éclatèrent au sein de la Convention. Nous allons raconter simplement, sans amertume, sans parti pris, les événements qui ont donné lieu au premier rapport présenté par Saint-Just, au nom du Comité de Salut public, en nous conformant aux versions du Moniteur et des journaux les plus modérés de l'époque. Il s'agit de la lutte entre la Gironde et la Montagne.
La Révolution, elle, s'avançait toujours irrésistible, et devait, pour le salut de la France, renverser impitoyable-
ment tout ce qui se dressait devant elle comme un obstacle. Ce fut là sa nécessité fatale , et les Girondins se perdirent pour ne l'avoir pas comprise. Ils avaient eu cependant la partie belle, car ils eurent le dessus dans l'Assemblée jusqu'au jour où quelques paroles insensées d'un des leurs suffirent pour déplacer la majorité et exciter contre eux de terribles ressentiments. Leurs préjugés, leur aveuglement, leurs rancunes personnelles, leur continuel système d'attaque contre les membres de la Convention dont les vues ne concordaient pas avec les leurs, les entraînèrent dans une voie devant aboutir forcément au triomphe de la réaction. Républicains sincères, comme la plupart le prouvèrent au pied même de l'échafaud, ils se firent, sans le vouloir, sans le savoir peut-être, le rempart du royalisme, qui s'abrita derrière eux et se couvrit de leur drapeau.
Presque tous les orateurs de la Gironde, Vergniaud excepté, étaient, dans leurs discours, d'une bien autre violence que les orateurs de la Montagne. Cela est facile à vérifier, et l'on ne peut douterun seul instant que, si les Girondins avaient été victorieux, ils n'eussent envoyé leurs adversaires à la mort. Seulement, les Montagnards entraînaient dans leur chute la Révolution elle-même ; ils l'emportèrent, et la République fut sauvée pour le moment.
Certes, ils intéressent au dernier point, tous ces hommes pleins de jeunesse, de courage, d'enthousiasme et d'avenir! mais ils ne surent pas se montrer à la hauteur de la situation; ils ne surent pas faire à la patrie le sacrifice de quelques haines irréfléchies, et nous verrons les écrivains les plus favorables à leur cause être forcés de les condamner devant l'histoire.
Ils eurent l'immense tort de commencer les hostilités et de légitimer ainsi les représailles. Dès les premiers