‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 93 sur 351 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

mois de la Convention, une attaque, intempestive et nullement justifiée, de Louvet contre Robespierre ne fit que donner à celui-ci l'occasion de prononcer un admirable discours, dans lequel étaient réduites à néant de vagues et iniques accusations, et que terminaitun éloquent appel à la concorde. Cet appel ne fut guère écouté. Les événements du 10 mars , la trahison de Dumouriez suscitèrent d'interminables récriminations. Danton, mal à propos pris à partie par Lasource, devint l'irréconciliable ennemi de la Gironde, dont il fut certainement le plus redoutable antagoniste. Bientôt, les Girondins demandèrent et obtinrent l'arrestation de Marat ; victoire fâcheuse et double imprudence de leur part! en ce qu'ils portaient les premiers coups à l'inviolabilité de l'Assemblée et préparaient à l'Ami du peuple un éclatant triomphe.

Avec une déplorable persistance, le côté droit s'emparait de toutes les questions pour raviver le combat. Cela se vit bien dans la discussion sur le maximum, où ses orateurs accusèrent les Montagnards de vouloir violer le droit de propriété , et de compromettre l'existence des propriétaires. C'étaient là de pures déclamations, ne pouvant, en tout cas, atteindre Saint-Just, puisque celui-ci s'était toujours montré opposé à cette mesure extrême.

Ces imprudents Girondins se dépopularisaienl singulièrement, quand , à quelque rumeur violente partie des tribunes, ils menaçaient Paris de la colère des départements, et demandaient que la Convention fût transférée à Versailles ou à Bourges. Aussi, dans le courant du mois d'avril, une première adresse des sections de Paris, lue par Rousselin , le jeune ami de Danton , à la barre de l'Assemblée , réclama-t-elle l'expulsion de vingt-deux députés girondins. Cette pétition, improuvée par la Mon-

tagne elle-même, qui ne voulait pas laisser entamer la Convention, contenait de grands enseignements dont personne ne profita.

Cependant les discussions sur la Constitution avaient lieu dans un grand calme ; la guerre semblait suspendue, sinon finie, entre la Montagne et la Gironde, lorsque, vers la seconde quinzaine de mai, le Girondin Isnard fut malheureusement choisi pour président par la Convention. Cet homme, d'un caractère provoquant et colérique, ne sachant garder aucune mesure , remit bientôt tout en feu.

La lutte recommença, vive et acharnée, par un discours de Guadet, qui se perdit en accusations contre la Montagne et les autorités de Paris, et demanda finalement la réunion des suppléants de l'Assemblée à Bourges, et la cassation des autorités municipales. Barère empêcha que ces propositions ne fussent adoptées; il fit seulement décréter la formation d'une commission de douze membres chargée d'examiner les actes de la Commune et de veiller à la tranquillité publique. Cette commission, presque exclusivement composée des hommes du côté droit les moins propres à concilier les choses , brouilla tout. Les Girondins se réunissaient en comité secret chez Valazé, et dirigeaient la conduite de cette commission. Accusés par Hébert, autrement dit le Père Duchesne, d'occasionner la disette, ils le dénoncèrent à la commission des Douze; et , le 24 mai, cet Hébert, substitut du procureur de la Commune, fut illégalement arrêté. Le lendemain , le conseil général envoya à la Convention des députés qui, en termes très-mesurés, demandèrent la liberté ou le prompt jugement du magistrat enlevé à ses fonctions. Le président , Isnard , s'emporta bien inutilement; et, sans cause, sans raison plausible, il laissa

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