‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 94 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

échapperces regrettables paroles : «... S'il arrivait qu'on portât atteinte à la représentation nationale , je vous le déclare, au nom de la France entière, Paris serait anéanti ; bientôt, on chercherait sur les rives de la Seine si Paris a existé (1). »

Cette phrase, interrompue à chaque mot par des cris de désapprobation, excita un violent tumulte dans l'Assemblée. Colportée et commentée dans les divers quartiers de Paris, elle porta au comble l'indignation de la majorité des sections, déjà fort mal disposées contre les Girondins. Le langage modéré de l'orateur de la députation avait fait contraste avec la réponse du président : « Les magistrats du peuple qui viennent vous dénoncer l'arbitraire, ont juré de défendre la sûreté des personnes et des propriétés. Ils sont dignes de l'estime du peuple français. » Les acclamations avec lesquelles furent accueillies ces paroles durent prouver à la Gironde que la faveur et l'influence dont elle avait joui jusqu'alors, allaient bientôt lui être enlevées.

Les choses s'envenimaient de plus en plus. Bien que, dans la séance du 27, le maire, Pache, eût répondu de la tranquillité de la capitale et de la sûreté de la Convention, les violences dont l'Assemblée devint le théâtre furent un présage-certain de l'insurrection au dehors. La lutte était trop vivement engagée pour qu'un dénoûment prochain ne fût pas inévitable. Quelques citoyens d'un patriotisme trop ardent ayant été arrêtés , après Hébert, par ordre de la commission des Douze, Danton s'écria : « Tant d'impudence commence à nous peser; nous vous résisterons. » Au milieu de ces discussions orageuses et de ces emportements sans frein où Bourdon (de l'Oise), un thermidorien ! alla jusqu'à menacer d'égorger le pré-

(i) Voyez le Moniteur du 27 mai 1793.

sident, Saint-Just gardait le silence et se tenait à l'écart, spectateur désespéré de ces scènes de désordre dont l'imprudente Gironde était la cause. Garât lui-même, si hostile aux Montagnards dans ses Mémoires, et qui siégeait parmi les Girondins, Garât se fit l'accusateur de ces derniers. « ... Ce sont quelques membres de la Convention, dit le ministre de l'intérieur, qui sont la cause des dissensions qui existent entre la Commune et la Convention , et cela sans mauvaise intention de la part de la Commune... J'ai interrogé les sentiments secrets de quelques membres de la commission des Douze. Eh bien, je me suis persuadé qu'ils ont l'imagination frappée. Ils croient qu'ils doivent avoir un grand courage, qu'ils doivent mourir pour sauver la République. Us m'ont paru dans des erreurs qui me sont incompréhensibles. Je les crois des gens vertueux, des hommes de bien ; mais la vertu a ses erreurs, et ils en ont de grandes. »

Le maire vint ensuite et expliqua comment les rassemblements autour de la Convention étaient dus aux arrestations ordonnées par la commission des Douze, qui, non contente de ces mesures arbitraires, avait envoyé l'ordre aux sections de la Butte des Moulins, de Quatre-vingt-douze et du Mail, connues pour leur esprit contre-révolutionnaire, de tenir trois cents hommes prêts. Après avoir entendu quelques orateurs des autres sections de Paris, la Convention, sur la proposition de Lacroix, décréta la mise en liberté des citoyens illégalement incarcérés et la cassation de la commission des Douze. Mais ce décret ayant été rapporté, en partie, le lendemain, de nouveaux arrêtés pris par la commission girondine exaspérèrent le peuple et déterminèrent l'insurrection du 31 mai.

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