‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 95 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Malgré toutes ces convulsions, l'Assemblée n'en poursuivait pas moins son noble but d'amélioration et de régénération sociales. Dans la séance du 30, elle décréta l'établissement des écoles primaires, dans chacune desquelles, dit le décret, « un instituteur sera chargé d'enseigner aux élèves les connaissances élémentaires nécessaires aux citoyens pour exercer leurs droits, remplir leurs devoirs et administrer leurs affaires domestiques. »

Ce même jour, Saint-Just, Hérault-Séchelles, Ramel, Couthon et Mathieu furent adjoints au Comité de Salut public, pour présenter à la Convention les bases constitutionnelles.

Le lendemain , le tocsin , ce sinistre appel des insurrections populaires, retentit dès les premières heures, et le canon d'alarme fut tiré. Tout concourait à perdre le parti de la Gironde. De mauvaises nouvelles de la Vendée, des frontières de l'est et du midi , venaient de se répandre dans Paris; et le peuple, aigri, rejetait fatalement sur les Girondins toutes les calamités présentes. Dans la nuit, les commissaires des sections, réunis à l'Archevêché, avaient proclamé l'insurrection, et nommé commandant général Henriot, chef de bataillon d'une section du faubourg Saint-Antoine. Paris ressemblait à une vaste place d'armes au moment où s'ouvrit la séance de la Convention. Cependant pas un coup de fusil ne fut tiré dans la journée; mais le comité central révolutionnaire n'en atteignit pas moins son but. La Gironde, abandonnée par la Plaine, fut définitivement vaincue ce jour-là, dans la Convention. La commission des Douze fut cassée; on décréta que ses papiers seraient remis au Comité de Salut public : ce comité fut chargé d'en rendre compte sous trois jours , et de rechercher les auteurs des comi. 20

plots dénoncés par les diverses députations. Chose singulière! Vergniaud, pour dissimuler peut-être la défaite de son parti, proposa de déclarer que les sections de Paris avaient bien mérité de la patrie. Sa proposition fut à l'instant même convertie en décret. Quelques instants après, des pétitionnaires demandèrent un décret d'accusation contre vingt-deux Girondins , déjà dénoncés par les sections de Paris, et contre les membres de la- commission des Douze, s'offranl de donner des otages pour en répondre à tous les départements. L'Huillier, procureur général de la Commune, vint ensuite et lut contre les Girondins une adresse foudroyante, où l'on rappelait amèrement l'absurde menace d'Isnard contre Paris, coupable de défendre l'unité de la République. Cette adresse fut appuyée par Robespierre, qui conclut à l'accusation de tous les membres désignés par les pétitionnaires. L'adoption du décret de suppression de la commission des Douze mit fin à la séance. La journée se termina par une promenade aux flambeaux, sorte de fête improvisée, à laquelle assistèrent les députés dont on avait réclamé la proscription et dont la chute était si prochaine.

En effet, le surlendemain , l'insurrection recommença plus formidable et plus menaçante. Henriot vint placer ses canons en face même de la Convention qu'envahirent les sectionnaires, en demandant de nouveau un décret d'accusation contre les vingt-deux Girondins. On vit alors un spectacle douloureux et touchant à la fois. Quelques-uns des députés inculpés s'offrirent d'euxmêmes en holocauste, entre autres Fauchet, Isnard, Lanthenas, Rabaut, et consentirent a se suspendre volontairement de leurs fonctions. Mais Lanjuinais et Barbaroux protestèrent, avec un héroïsme qu'on ne saurait méconnaître, contre une suspension volontaire. Le

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