‹ Histoire de Saint-Just, député à la convention nationaleChapitre 98 sur 351 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Cet article, qui a l'air aujourd'hui si fort, si dangereux, et qu'on n'écrirait plus, dans une Constitution même très-démocratique, très-libérale, semblait, au contraire, tout naturel et même nécessaire, à cette époque où la restauration de l'autocratie apparaissait comme le pire des maux, et où l'on voulait entourer des précautions les plus minutieuses le nouvel état de choses qui se fondait. L'insurrection, d'ailleurs, n'est-elle pas l'origine de la plupart des gouvernements issus d'une révolution? Eh! mon Dieu ! que certains écrivains ne se hâtent pas tant de condamner ce dernier article de la fameuse déclaration. S'il n'a pas été écrit en toutes lettres dans la Charte de 1830, il n'en a pas moins été sanctionné par le gouvernement de juillet. La colonne de la Bastille est-elle autre chose que cet axiome coulé en bronze? Qu'ils cessent donc d'incriminer la pensée de Saint-Just, ceux qui ont trouvé bon que ce monument de l'insurrection populaire s'élevât sur la place où fut jadis le temple du despotisme.

Nulle part, d'ailleurs, le dogme de la fraternité humaine n'éclate plus fortement que dans cette Constitution. Quelques difficultés d'application, plus faciles à faire disparaître qu'on ne le pense, peuvent y choquer certains hommes d'État, mais le philosophe y admirera toujours les saines doctrines de l'éternelle sagesse et les principes du christianisme pur. Quelle belle définition de la liberté! « La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui n'est pas contraire aux droits d'autrui : elle a pour principe la nature, pour règle la justice, pour sauvegarde la loi ; sa limite morale

est dans cette maxime : Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait. » (Art. VI de la Déclaration.)

L'article 1er de l'acte constitutionnel est la reproduction textuelle de l'art. 2 du projet de Saint-Just : « La République française est une et indivisible. » C'était une barrière établie contre le fédéralisme, qu'on s'attachait h déraciner dans l'intérêt général, comme l'explique admirablement cette phrase, tirée des Institutions : « Le but d'un gouvernement opposé au fédéralisme n'est pas que l'unité soit au profil du gouvernement, mais au profit du peuple. »

Saint-Just, dans son projet, ne soumettait pas à la sanction du peuple les actes accidentels de législation, nécessités par les événements et par l'administration publique ; il en est à peu près de même dans la Constitution de 1793, qui affranchit les décrets de la sanction préalable du peuple. Or, sous le nom particulier de décrets, elle désigne les actes les plus importants du Corps législatif, et comprend, par exemple, sous le nom de lois :

La législation civile et criminelle ;

L'administration générale des revenus et des dépenses ordinaires de la République;

Les domaines nationaux;

Le titre, le poids, l'empreinte et la dénomination des monnaies ;

La nature, le montant et la perception des contributions ;

La déclaration de guerre;

Toute nouvelle distribution générale du territoire français ;

L'instruction publique;

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