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CHAPITRE XIX

SAINT LÉGER ASSIÉGÉ A AUTUN, CAPTIF ET PRIVÉ DES YEUX, EST EMMENÉ EN CHAMPAGNE.

Ebroin délibére avec ses complices sur le sort de saint Léger. — Diddo et Waimer promettent de le faire prisonnier. — 1ls assiégent Autun. — Saint Léger exhorte son clergé et son peuple, — distribue ses trésors , — fait une procession autour des murs, — se livre à l'ennemi. — On lui créve les yeux et on l'emméne en Champagne,

Ébroin régnait seul : Théodoric dépouillé et livré à sa merci, Bathilde reléguée dans un cloitre, Himnehilde et Dagobert confinés au delà du Rhin aux extrémes frontiéres, Leudése tué, Ulfoald caché, les Austrasiens ralliés, les Neustriens subjugués, les Burgondes épouvantés; un seul homme restait debout devant Ébroin, un seul évêque inquiétait son ambition et menaçait son avenir : c'était Léodégar.

Ce fut donc là désormais l’unique point de mire de ses propres réflexions et de toutes ses délibérations avec ses complices. Parmi ceux-ci, deux surtout l'excitaient sans reláche, Bobbo et Diddo, « deux hommes indignes d'étre appelés évéques , sentinelles perfides qui ne veillaient qu'à une seule chose, aux convoitises du siécle et au lucre temporel , ne pensant jamais à qui et quel compte ils rendraient pour les ámes des peuples confiés à leur charge. » À eux se joignait un ennemi de leur perversité , un dur et

farouche soldat, Waimer, duc de Champagne. Ebremer, Waimer, Diddo , Bobbo et autres suppôts du démon tinrent , donc un conseil de Caiphe, pour délibérer sur le sang du juste : deux Judas s'offrirent pour le livrer, Diddo et Waimer; ils jurérent d'arracher Léodégar de son église et de sa cité, vif ou mort, et d'en tirer une vengeance dont la malice d'Ébroin serait satisfaite.

Ebremer en tressaillit de joie et leur donna tout une armée. Imitant la promptitude de leur maitre dans ses : expéditions homicides, ils marchérent en diligence, franchirent rapidement les montagnes, et descendus dans la plaine d'Autun , ils déployérent leurs bandes autour de ses vieux murs. Les populations s'étaient retirées devant eux et réfugiées par toutes les voies dans la cité: les portes furent solidement fermées ; et des sentinelles disposées sur " toutes les tours et sur les remparts.

La prévoyance de Léodégar avait pris les devants; tous les endroits faibles des murailles étaient réparés, et la ville pouvait soutenir un long siége. Ses serviteurs, ses clercs, ses fidèles le pressaient de prendre avec lui les trésors qu’il avait apportés lui-même, et de se retirer pour se mettre avec euxensüreté et couper court à la persécution de ses ennemis. Léodégar savait qu’il y avait plus que des passions cupides soulevées contre lui; engagé désormais dans une lutte à outrance, il céderait vainement une fois encore à l'orage; il voyait assez par tout ce qui se passait dans l'Église des Gaules ce qui lui était préparé; il pensait aux saints de Luxeuil, aux martyrs d'Autun, aux glorieux patrons que l'Église honorait aux jours mêmes où il commençait son sacrifice, à saint Laurent qu'il invoquait publiquement pour le fortifier, et à saint Symphorien, dont l'anniversaire glorieux allait presque concourir avec le début et la consommation de son martyre. Il prit son parti sur ces glorieux exemples; il résolut d'affronter le danger, en se confiant à Dieu sans réserve.

Il réunit donc ses clercs et ses fidéles, en présence de

324 HISTOIRE ses vastes. trésors. 1l rendit compte de ce qui s’y trouvait per sà générosité, et i] ajouta :

« Tout ce que j'ai en, frères, tant qu'il a plu à Dieu de & me conserver la faveur des hommes, je l'ai employé fidé- « lement, autant que j'ai pu, au bien générel et à l'hon- « neur de tous; cependant, avjourd'hni, & les hommes « de la terre s'emportent contre moi, c'est que le Seignenr « noys convie à la grâce d'en haut. Or sus, qu'ai-je à eanpor- « ter de ces biens qui ne peuvent me suivre au ciel? Don, s s’il vous plait, voici mon dessein : c'est de donner cela aux « pauvres, plutôt que d'en faire un ignoble fardeau que s j'aille porter deçà, delà, à travers le monde : imitqns le s bienbeureux Laurent qui a dispersé et répandu ses trésors s parmi les pauvres, et voici que maintenant sa justice de- « maure au siècle des siècles, et sa force s'élève dans la « gloire‘.

Aussitôt ï ordonna qu'on apportát les plats d'argent et autres vases, et qu'on appelát les orfèvres pour les rompre et les distribuer aux pauvres. Il réserva tout ce qui pouvait étre uule au service de l'autel , et le déposa dans la diaconie de la basilique, Il commeny;a ses largesses par les monastéres d'hommes et de vierges placés aux portes de la ville et dana le voisinage , et consola leur pauvreté : puis il répandit ses dons sur tout le peuple, eti] n'y eut pas une veuve, pas une pauvre orpheline, pas un nécessiteux qui fut onblié.

Ces distributions consommées, l'homme de Dieu se senc

1 Hao omnia qus cernitis, (fratres, quamdiu terrenorum hominum grauem me voluit gratia Dei habere, ad communem ornatum, prout potui, huc fideliter contuli. Nunc vero forsitan irati sunt ideo mihi homines terreni, quia Dominus nos vocare dignetur ad gratiam coli. Ut qnid enim hmc hinc sufsrers, que Recum io calo non tollam ? Ergo, si vobis paca, «qa eligo consilium, hzc potius dari ia usus pauperum quam cum turpi sarcina huc illucque oberrare per sæculum ; et imitemur beatum Laurentium , qui pro eo quod dispersit et dedit paupevibus , justitia cjus meret in agoulun sgouli , ot core ilie: exelisimm en

(n glorig. Anggya, Æduens., u^ 9,

tant plein de l'esprit de sagesse, adressa de nouveau la pa. role à ses frères : « Pour moi, frères, j'ai résolu de ne plus « aucynement penser à ce monde, de craindre seulement le s mal de l’âme, jamais un ennemi terrestre et passager. 4 L'homme de la terre, s'il a reçu puissance de Dieu pour « persécuter, qu'il arrête , qu'il perde, qu'il brüle, qu’à s tuel Vainement fuirionsnous , nous n'éviterons rien; « Que si la violence nous arrache aux choses qui passent « pour nous mettre seus la correction de Dieu, certes, ne « désespérons pas; que dis-je? nous nous réjouirons et de 4 l'avenir et du pardon. Fortifions donc de vertus et mos « âmes , et la garde de la cité , et que nos deux sortes d'en» 4 nemis ne trouvent aucune entrée pour nous mettre en 4 péril '. »

Ces exhortations produisirent une grande émotion dans 4out son peuple : il ordonna un jeüne de trois jours, comme aux litanies de l'Ascension, et selon le méme rite, il prescrivit des processions générales. On porta le leng des remparts et des rues l'image de la croix et les reliques des saints ; on fit le tour des murs, en invoquant, devant leurs oratoires, les patrons, les apótres, les martyrs éduens, les anges de la cité qu'on entendait parfois psalmodier sur les tombeaux des saints, et cette nuée imposante de témoins qui l'encourageaient du haut du ciel. Ainsi, défenseur de la cité du Christ, le saint pontife rangeait en bataille contre les assauts de l'ennemi toutes les milices de Dieu au ciel et sur la terre; il plaçait une prière à tous les postes , il assignait un bon ange à chaque tour et un patron à chaque porte; il répandait ses larmes et priait le Seigneur que, sl

1 Ego, fratres, decrevi jam de hoc sæculo nihil penitus cogitare, sed magis spiritualem nequitiam quam terrenum hominem metuese. Terrenus home, si talem a Deo accepit potestatem , ut persequatur, comprebendat , perdat , incendat , interficiat , hec nullatenus possumus declinantes effugere; et si hic tradimur (al, tradimus) de rebus transitoriis ad disciplinam, non desperemus : imo potins gaudeamus (al. gaudebimus) io futuro de venia. ld. , ibid.

l'appelait au martyre, il sauvát de l'esclavage et de la violence le peuple qu'il lui avait donné. Il fut exaucé.

Quand son peuple était rassemblé à la basilique, il lui disait encore : « S'il en est parmi vous que j'aie offensé, « comme il arrive souvent, par trop de zèle dans les répri- « mandes, ou par des paroles blessantes , je les prie de me « le pardonner. Je ne puis ignorer, au moment de marcher « à la passion du Seigneur, qu'en yain souffrirait-on le mar- « tyre, si le cœur n'est purifié et illuminé du flambeau de « charité. Or il n'y eut personne qui put avoir le cœur « assez dur, eüt-il été grièvement lésé, pour ne pas s'atten- « drir et tout pardonner. »

Peu aprés ces scénes touchantes, la ville fut investie de toutes parts par un assaut général. On combattit vaillamment de part et d'autre jusqu'au soir : toute la nuit, comme le jour, l'alarme continua , et on entendait les ennemis vociférant róder comme une meute affamée autour de la ville.

Le lendemain , vingt-sixième jour du mois d'aoüt ', Léodégar monta sur les remparts, et promenant ses regards sur les cargpements de l'ennemi , il reconnut qu'un grand danger menaçait la ville, et qu'il devait le prévenir. Il fit done suspendre le combat sur les murs et harangua ainsi le peuple : « Cessez, je vous en conjure, vos combats à ou- « trance contre ces ennemis. S'ils sont venus ici pour moi « seul, par moi seul je suis prét à leur accorder satisfac- * tion, par moi seul j'apaiserai leur fureur : toutefois, pour « ne point sorür sans nous entendre, qu'un des frères soit « envoyé pour leur demander à quelle cause ils assiégent « cette ville, »

On fit aussitôt descendre par une porte , le long du rempart, l'abbé Méroald , qui allant droit à Diddo, lui dit : « Si « nos fautes ont inérité tous les maux que tu nous fais, en- « core te prierai-je qu'il te souvienne de la sentence évan-

! Calendrier d' Hohembourg, dans la Pie de sainte Odile, par M, de Bussiéres

« gélique où le Seigneur dit : Si vous ne remettez aux hom- « mes leurs péchés , votre Père ne vous remettra pas les vôtres. « Et encore, souviens-toi de ceci : Du même jugement dont « vous aurez jugé les autres, vous serez jugés. » En méme temps il le pria d'arréter les hostilités , et de recevoir toute la rangon qu'il lui plairait. |

« Diddo, aussiinflexible que le roc, aussi endurci que Pharaon, se raidit contre les paroles divines, et répondit avec menaces , qu'il ne cesserait un seul instant le siége tant que Léodégar ne serait pas arrêté et remis à sa discrétion, et qu'il n'aurait pas promis fidélité à leur roi Clovis. » Cette faction, imaginant ce prétexte pour colorer sa violence, répandait partout le bruit que Théodoric était mort. Léodégar voyait clairement le but d'Ébroin : flétrir sa victime avant de l'immoler ; consommer sa tyrannie, en renversant son adversaire et en détruisant le prestige de sa droiture; mettre la main sur l'épiscopat, aprés avoir mis à ses pieds son plus illustre représentant. Tout un vaste plan de honte et de ruine découlait infailliblement d'un seul acte de faiblesse sur une question temporelle en apparence. Trop accoutumé à ne pas mollir par imprévoyance ou lácheté, voici quelle fut sa réponse à l'ultimatum de Diddo : « Qu'il « vous soit notoire à tous, aux amis et aux fréres , comme « aux ennemis et aux persécuteurs, qu'aussi longtemps « que Dieu me gardera dans cette vie, je garderai la fidélité « promise à Théodoric devant le Seigneur. Périsse mon « corps, j'y consens, plutôt que de déshonorer mon âme 1 par une forfaiture ! »

! Hoc vobis notum sit omnibus, tam amicis et fratribus quam inimicis et hostibus, quia quousque Deus me in hac vita jusserit superesse, non mutabor a fide quam Theodorico promisi coram Domino conservare. Corpus meum decrevi potius in mortem offerre quam animam pro infidelitate turpiter denudare. Id., n° 10.— Ce serment dont parle S. Léger n'était que l'engagement contracté par tous les leudes francs envers le chef de l'Etat peut-être était-ij corroboré vis-à-vis de Théodoric par une ghilde ou ligue du bien public. Cf. Thomassin, Discipl, de l'Eglise, p. Vl, p. 1010.

À cette réponse les ennemis éclatent de fureur; à coups de lances et de traits, à feu et à flammes, ils se ruent sur la ville pour l'emporter d'assaut.

Cependant Léodégar une dernière fois se prosterne dans la basilique , au milieu de son peuple ; comme les martyrs allant à la mort , il se fortifie par la participation au vin et au pain eucharistiques, dit adieu à tous ses fréres, rassemble une derniére fois ses clercs autour de lui , fait porter encore processionnellement les reliques et les croix , entonne les psaumes , et entouré de chœurs chantant les louanges du Seigneur ‘ , il s'offre de lui-même aux palmes du martyre. Tout fondait en larmes autour de lui, et poussait des cris : « Pére, pourquoi nous abandonner? Ne le fais pas! Nous pouvons encore défendre nos personnes, notre ville, notre pére *! » Au milieu de ces cris, toujours entouré d'une immense procession de fidéles en pleurs, vétu des ornements pontificaux , il atteignit la porte voisine de l'épiscopium et la franchit. Il se présenta aux ennemis : « Qui cherchezvous? leur dit-il. — Le pontife. — Me voici, je vous donne ma vie *. »

Les ennemis de Léodégar l'accueillirent en tressaillant d'aise , comme les loups , quand l'innocente brebis devient leur proie *. Malgré les prières du peuple et le signe vénéré de la croix et les reliques des saints , ils se saisirent violemment de lui , comme il disait , les yeux levés au ciel: « Je « rends grâces à Dieu tout-puissant qui a daigné me glori- « fier aujourd'hui *. »

Le saint pontife est conduit à la partie orientale de la - . cité, sur les flancs de la montagne, en face des remparts du

1 Ursin, n? 8.

? Anonym. Murbacens., cap. 22.

3 Id., ibid. , ° 4 Anonym. Æduens., n° 10.

5 Gratias ago omnipotenti Deo qui me dignatus est hodie glorificare. Id., ibid,

. haut desquels toute la ville pouvait contempler la scène qui allait se passer ; peut-être était-ce, selon quelques traditions locales; au lieu méme où s'éléve en ce moment une chapelle champétre en l'honneur de saint Léger.

Des bourreaux entourent Léodégar, sans toutefois l'enchaîner , ni le garrotter; immobile et caline sous des souffrances qui dépassent la nature, il a les yeux arrachés, les orbitea creusés par des pointes de fer, « J'en atteste nombre d'illustres personnages qui l'ont vu, dit un témoin oculaire : il ne souffrit pas qu'on lui imposát des chaines, il n'exhala pas un seul gémissement de ses lévres ; seulement il gloriflait Dieu , et inurmurait doucement le chant des psaumes ', + On lui arrachait la lumière du corps; mais intérieurement la lumiére divine croissait et dirigeait les yeux de son corps vers Dieu ; et il commençait , dans l'ombre nouvelle qui l'enveloppait , comme une longue veille de prières qu'il ne cessera qu'au lever du jour sans fin ; il disait * :

« Je vous rends grâces, trés-bénin Seigneur Jésus, qui « avez dalgué visiter de cette sorte votre serviteur... Aprés « tout, ces yeux, qui maintenant me manquent , sont de « chair et me sont communs avec les hommes et les ani- « maux : un peu d'espace les arréte ; un peu de matiére « les intercepte; la nuit les aveugle, trop de lumière les « éblouit ; ils ne servent de rien à l’âme, plus souvent ils - « la détournent de la droite vision. Si le prophète n'eüt « connu ces ennemis de l'áme, il n'eüt pas fait cette prière : « Détournes mes yeux, pour qu'ils ne voient point la va- « nité! Mais il me reste les yeux intérieurs de l’âme, e « je les éléve à vous ; par eux je vous vois, par eux je vous « considére , je vous contemple , je vous reconnais... Il n'y « a pierre, ni bois, ni ténèbres, ni distance, ni rien de

! Anonym, ZEduens., n° 10.

2 Z4nonym, Murbac., n° 23.

33o HISTOIRE

« matériel, qui puisse m'empécher de vous voir; et c'est. « pourquoi, 6 bon maître, je vous prie avec le psalmiste : « Éclairez mes yeux, et je contemplerai les merveilles de « votre loi! »

« Ainsi, le bienheureux martyr, illuminé d’un rayon divin , répandait le baume des Écritures sur les douleurs de ses plaies cuisantes , et donnait un grand exemple de résignation et de pardon des injures, qui mérita le salut de son peuple. »

Cependant, si son dévouement empécha le sac et la ruine de la ville, il ne lui épargna ni l’humiliation, ni le sacrilége, ni les exactions ruineuses. Waimer et Diddo osérent choisir le plus coupable de leurs complices, Bobbo, évéque dégradé et déjà expulsé de Valence, pour l'élever sur le siége du saint martyr. L'intrus, pour signaler son avénement, rangonna la ville, dépouilla les habitants, et fit camper au milieu d'eux tout une armée ennemie. Le rachat de la ville, outre le butin fait par le pillage, fut porté à cinq mille sous d'or‘; il fallut les prendre dans le trésor de l'église. Dieu le permit; mais en accomplissant le vœu de Léodégar , personne ne fut mis en esclavage. Les bandes ennemies se partagérent ces dépouilles et se séparérent. Waimer qui reçut, comme par surcroît, le saint homme en dépôt, s'en retourna en Champagne avec ses hommes.de guerre, sa part du butin et son prisonnier aveugle. Avant de quitter son église, Léodégar avait pourvu à son gouvernement. H est probable que l'abbé de Saint-Symphorien , Hermenaire, déjà accoutumé à cette délicate mission, reprit l'administration de ce vaste diocèse , et tempéra les regrets et la désolation de cette éplise désolée.

De leur cóté Diddo et Bobbo parcoururent tout le pays

* Le sou d'or , selon le système de M. Guérard, avait une valeur relative

de 90 francs, sous les Mérovingiens, La rancon de la ville montait donc à 450,000 francs,

DE SAINT LÉGER. 33t

des Burgondes avec un duc Athalric qu'ils voulaient établir patrice de la province. Ils descendirent jusqu'aux portes de Lyon , comme nous l'avons dit plus haut , pour chasser de son siége Génésius, comme ils avaient fait de Léodégar. Mais Lyon ne fut point surpris comme Autun ; des forces imposantes y avaient été rassemblées. Cette très-grande cité, grâce à Dieu son gardien et son premier évêque, fut sauvée.

La persécution atteignit surtout les membres de la famille de saint Léger. Son frére Warein avait probablement déjà pris la fuite et s'était retiré au fond de l'Occitanie , dans les montagnes des Pyrénées, oà régnaient les descendants de Caribert ‘, asile ordinaire des mécontents de Neustrie et d'Austrasie.

La vieillesse de Diddo, son oncle , ne le mit pas à l'abri de la tempéte. Peut-étre vécut-il assez pour voir la ruine de ses deux neveux, le meurtre affreux de Warein , les longs tourments de Léodégar. Il lui fallut au moins subir l'exil à un âge probablement octogénaire* ; c'était une rude expiation de l'exil imposé sur son conseil au jeune Dagobert. Le vieil évéque ne porta pas loin le poids de ses douleurs. Presque au méme temps on voit lui succéder un autre parent de Léodégar , Ansoald , l'ami des saints, qu'il protégea contre Ébroin, et de Dieu qui lui donna le don des miracles.

? KEbroinus..... Leodegarium episcopum captivum interemit, Didonem episcopum avunculum ejus exilio damnavit. Fragmenhon historicum Ursicil , D. Bouquet, t. ll, p. 692,

* Fita S, Filibert, n» 24 , 27.

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