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CHAPITRE XXII

DU CONCILE DE MABLY-LF-ROI1, OU SONT CONDAMNÉS LES COM- PLICES D'ÉBROIN ET LES PERSÉCUTEURS DE SAINT LÉGER.

Entre Ébroin et Léodégar il s'agit de la liberté de l'Eglise. — De la commende et de l'investiture militaire. — Préliminaires du concile de Marly-le-Roi. — La puissance d'Ébroin ébranlée par Dagobert H, — Double expédition combinée avec le duc Athalric, — Succès variés. — Pacification, — Assemblées d'évéques et de grands de la nation. — Jugement et déposition des évêques intrus et prévaricateurs. — Condamnation de Chramlin, Waimer, Diddo, — Impression da concile sur l'esprit des peuples. — Vision de saint Baronte.

Depuis quatre ans Dieu contemplait les combats de son serviteur. Il attendait que son heure fût venue et l'iniquité des hommes au comble, Quand les juges de la terre prévariquent et que les dépositaires de la puissance se font ministres pour le mal, c’est alors surtout que Dieu intervient visiblement et cite à sa barre les arbitres du monde.

Il réserve assez souvent aux injustices obscures le jour de ses manifestations ; il est moins patient pour les scandales donnés à la face des peuples. S'il assigne aux pécheurs vulgaires son éternité, il va au devant des illustres coupables. Dés cette vie surtout, il frappe volontiers les prétres etles princes mauvais. Les uns, au palais, les autres, au sanctuaire, doivent être les plus excellentes images de sa gloire. Jaloux de cette gloire, il brise ces images dés qu'elles le déshonorent, il renverse le pasteur qui se fait idole pour

le supplanter ; il jette à la voie publique le sel affadi du sanctuaire , qui n'est plus propre qu'à étre foulé aux pieds de tous. Il frappe les idoles royales d'une verge de fer, et les brise comme des vases d'argile. Je suis le maître, a dit le Seigneur, c'est mon nom, je ne céderai pas ma gloire à autrui ni ma louange à des simulacres. C'est pour moi que j'agirai et empécherai le blasphème; je ne céderai pas à autrui ma gloire.

Or , en ces jours, les deux royautés étaient un scandale.

Ébroin, qui régnait au nom des Mérovingiens, confondait toutes les lois divines et humaines, violait tous les droits, livrait jusqu'aux arréts de la justice à la haine , à la vénalité, au sacrilége.

Les intrus qui gouvernaient les églises au nom d'Ébroin , avaient mis l'abomination dans le lieu saint et souillé les plus nobles chaires pontificales. C'est le commencement d'un fléau qui longtemps pésera sur l'Église. La commende séculiére , l'investiture militaire , la suzeraineté du roi sur le prêtre, du sabre sur l'encensoir, et de la force brutale sur l'Évangile, c'est le vrai fléau de Dieu. 11 passera sur les sanctuaires les plus vénérés, il désolera les solitudes les plus saintes , il atteindra la vie de l'Église à sa source , il épuisera son sang le plus pur , il ne lui laissera de vie que pour sentir sa honte et son esclavage. Mais dés l'apparition de ce fléau , Dieu lui résiste , et lui suscite d'indomptables adversaires; les évêques, les moines , les papes combattront à toute époque. Des confesseurs, des martyrs, comme Léodégar , résisteront jusqu'au sang. L'Éelise perdra souvent ses meilleurs champions, mais à la fin la victoire lui restera.

Au moment donc où Léodégar va consommer son martyr, le champ se déploie, un long avenir se découvre, les plus grands intérêts de la terre et du ciel sont là : il y va de

* [Is., x1n,8; xcvi, 11.

tant de choses, que Dieu intervient. Après quatre ans de silence apparent, il se lève : son réveil est terrible. Violent avec les violents , il punit l'injustice par l'injustice,, il renverse les intrus par les apostats. Qui usa du glaive, regoit le glaive ; qui infligea la honte, subit la honte. Ébroin flétrit ses complices , et Dieu frappe Ébroin : c'est l'inévitable talion de sa justice.

Cette justice commenga ses exécutions par les scandales les plus criants et les plus contagieux , par ceux du sanctuaire.

Pour amener Ébroin à sévir contre ses plus dévoués satellites , il fallut que son ambition y trouvát son compte, que sa sécurité méme y füt engagée. Sa puissance chancelait donc , et courait des périls.

On cherche impatiemynent ces périls dans l'importune nuit de ces temps sans souvenir ; on peut à peine entrevoir à quelques lueurs la justice de Dieu qui passe dans l'ombre.

C'est au nord des Gaules que Dieu se préparait des vengeurs. L'exilé d'Irlande, révenu sous l'administration de Léodépar , selon toute apparence , ne tarda pas à se faire un parti puissant dans l'Austrasie. Accueilli d'abord dans la Thuringe et parmi les Francs de la Germanie, il ne tarda pas à franchir le Rhin : Utrecht, Cologne et l'Alsace paraissent s'étre rangés les premiers sous sa domination * , ou plutót, ce fut, ainsi que nous l'avons dit , une sorte d'apanage qu'il obtient en Austrasie par le crédit de la reine Himnehilde, sa mère.

Après la mort de Childéric et pendant la tyrannie d'Ebroin , il consolida son domaine et l’étendit de proche en proche. Ébroin, au lieu de proclamer roi l'aventurier à qui il donna le nom de Clovis , se seraitattaché à Dagobert, si deux obstacles ne l'en eussent empêché : d'une part, le

1 Pagi , Critica chronol., ad ann, 674, n. 10-16.

crédit de Léodégar et de ses amis auprés de ce prince qui leur devait son retour; d'autre part, son caractère religieux, son génie réparateur, ses sympathies bien avouées pour les cleres, les évêques et les moines que persécutait Ebroim, Dagobert signale partout son apparition par une donation à l'Église; à chaque pas, il s'arréte pour fonder ou doter un monastère : à Tongres , c'est Horréen, où se retire sa fille Irmina, et Stavelo qui reçoivent ses largesses *; à Cologne, c'est Malmondier *; dans la forêt d'Haguenau , c’est Konigsbruck *; à Spire, on lui attribue la fondation de Wissembourg et de Blidenvelt ou Clingesmunster *; à Strasbourg, il donne à l'église cathédrale son palais d'is. senbourg et le riche domaine du Haut-Mundat*; en Alsace , : il enrichit l'abbaye de Scautern et fonde celle de Surbeurg par les soins de saint Arbogaste *; celle de Haselach , en reconnaissance de la guérison de sa fille Bathilde *, et celle de Saint-Sigismond , dont la fondation se rattache à ses expé, ditions militaires.

La guerre éclata entre lui et Théodoric par les menées d'Ébroin , et au moment même où il sévissait si cruellement contre Léodégar et Warein , ees barbaries ont pu centri buer à cette collision. On voit Dagobert puissamment aidé par la famille des deux martyrs, par le due Atbalric, le plus puissant des leudes austrasiens. Il eut encore à son aide les ducs Martin et Pepin, chefs de la famille des Pe» pins, et déjà presque rois en Austrasie. À en juger pax les

* Diploma Dagoberti regis Austrasiorum Goduino Stabulensi abbas. D. Bouquet, Herum Franc. scriptor., t. IV, p. 657. Mabillon, 4nnales OQ, 8. B., lib, xvi, n» 74.

* Jdem diploma.

? Longueval, Hist. de l'Eglise gall., liv. x, ann. 619.

4 Grandidier, Histotre de l'Eglise de Strasbourg , t. 1, p. 909.

5 Vita S. Arbogasti, n° 8, apud Grandidier, Hist, de l'Eglise de Strasbourg, t. 1, Pièces justificat., p. xxxin.

6 ‘Grandidier, ibid,, p. 877.

1 M,, ibid, p. 381.

renseignements trés-incomplets qui nous restent, il y eut deux corps d'armée qui partirent de l'Austrasie. L'un, sous la conduite de Dagobert , alla droit au centre de la monarchie. Il pénètre à Laon, à Chálons-sur-Marne , à Reims. La ville de Laon est tour à tour prise et reprise par les . deux partis '. À Chálons-sur-Marne, à Reims, tout ploie sous la marcae des conquérants : Dagobert seul y régnera désormais *.

D'un autre cóté, le duc Athalric fait une diversion puissante sur la Bourgogne et jusque dans la Provence. Les rois d'Austrasie y avaient possédé de riches domaines, et les populations leur étaient demeurées trés-attachées *. L'anonyme Éduen , le fidèle historien de Léodégar, peu aprés le siége d’Autun et l'enlévement du saint évêque, signale l'apparition en Bourgogne d'un duc Athalric qui prétend au patriciat de la province. Mais on le voit appuyé des deux plus violents ennemis de saint Léger, les deux évêques Bobbo et Diddo *. Serait-on parvenu à détacher du parti d'Ébroin ces hommes versatiles et violents? Auraient-ils rompu avec le maire de Neustrie et cherché à relever un nouveau royaume de Bourgogne? Serait-ce là la cause de la haine qu'Ébroin concoit tout à coup contre eux, et le prétexte de leur condamnation sanctionnée par Théodoric? On ne peut que tátonner dans ces ombres impénétrables.

Cette expédition en Bourgogne , par la faute du chef ou le discrédit des auxiliaires, parait avoir échoué. Cependant une réaction formidable se déclare contre Ebroin. A cette

' Vita S. Salaberga , n. 13, 18, sæc. n Bened.

* Cf. Miræus , Op. diplomat., p. 127.

3 Vita S. Boniti episc. Arvernor., sæc. n Bened.

4 Desideratus vero, cognomine Diddo, una cum Bobbone et cum Adalrico duce, quam ipsi volebant patricium esse provinciz ad patriciatum subjugandum perrexerunt usque ad Lugdunum. Anonym, Æduens, — Cf. Brequiguy, Diplomata reg,, vol, 1, p. 1. Prolegom., p. cx.

invasion des Austrasiens , tout s’ébranle en Gaule; les mouvements se communiquent jusqu’au fond de l’Aquitaine, où s'étaient réfugiés les proscrits de la Neustrie : ils se manifestent à Poitiers, dont le vieil évêque Diddo, comme nous l'avons dit, fut exilé par Ébroin. L'orgueilleux maire, craignant de revoir Luxeuil, conseilla sans doute à Théodoric d'entrer en pacification. Les deux rois convinrent d'un traité de paix ; Dagobert conserva ses conquêtes d’Austrasie, et abandonna ce que le duc Athalric avait envahi en Bourgogne.

C'est la conséquence rigoureuse d'un acte officiel, lancé le 4 septembre de l'an 676, contre le chef de l'invasion de la Bourgogne. Le duc Athalric y est traité d'ingrat envers ses bienfaiteurs et de traitre à ses princes. On en appelle au jugement de Dieu qui l'a condamné; on l'accuse de s'étre uniaux Áustrasiens pour exercer sa félonie contre Théodoric et ses fidèles, si Dieu l'eüt permis. On déclare tous ses biens confisqués , et on en fait donation au monastère de Béze ‘, Ce document porte dans sa teneur les signes évidents d'une réaction politique; c'est un acte de vengeance et méme de faiblesse fastueuse et hypocrite qui trahit les embarras d'Ébroin.

L'Église se levait autour de lui; le peuple chrétien lui demandait compte du sang des martyrs; le fils d'un saint roi s’avançait pour redresser tous les griefs. La paix conclue fort à propos arréta l'explosion imminente de la haine universelle. Mais ce n'était qu'une tréve. Pour prévenir de nouveaux périls, Ébroin crut devoir céder aux plus légi-

* Theodoricus....... Merito beneficia, qua possident, amittere videntur, qui non solum largitoribus ipsorum beneficiorum ingrati existunt, verum etiam infideles eis esse comprobantur, Ad hujusmodi exemplum, postquam omnibus patefactum est, qualiter Adalricus dux, Deo sibi contrario , nobis infidelis apparuit et se Austrasiis consociavit, et adversum nos et nostros fideles scelera sua, si Dominus Deus permisisset, exercuisset , nos propter ipsum facinus Omnes res suas ad nostrum fiscum jussimus revocari. Preceptum Theodorici 1II pro monasterio Besuensi. D, Bouquet, t, IV, p. 657.

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times réclamations, et pour y faire droit $olennellement et se réconcilier avec les grands et les évéques, il fit convoquer une assemblée générale à Marly-le-Roi, prés Paris‘.

C'est là , au centre de la monarchie , à la face de l'Eglise et de la nation des Francs, que Dieu tint les assises où furent jugées et condamnées les créatures d'Ébroin qui avaient ou usurpé l'épiscopat ou prévariqué dans les fonctions saintes,

Ce concile eut lieu en 677 , vers le milieu du mois de septembre. Tous les évêques de Bourgogne et de Neustrie y. furent appelés. Les intrus, de gré ou de force, s’y rendirent exactement. On y vit paraître, entre autres, Chramlin d'Embrun, Waimer de Troyes, et Diddo de Chálons-sur- Saóne. Les légitimes évéques et les plus saints des Gaules sy trouvèrent réunis en grand nombre, et à leur tête cinq illustres métropolitains , Genesius de Lyon, Blidramne de Vienne, Ternisc de Besançon, Landobert de Sens, et Chadon *, le méme probablement que Dadon ou Audoen de Rouen, Ce concours en imposa aux intrus, et déjoua leurs intrigues. Ébroin et le roi les abandonnèrent à la sévérité des saints canons. N'eussent-ils pas attenté contre l'E&t, leur róle était rempli; il ne restait plus qu'à en porter la honte et l'odieux. Ebroin laissa tout retomber sur leur tête : le crime passé , rien n'est plus odieux qu'un complice inutile.

Les évéques prévaricateurs furent donc jugés d’après les canons, condamnés et déposés selon toutes les forines les

1 D, Germain et D. Mabillon placent ce concile à Morlai, village sur la frontière de la Champagne et de la Bourgogne, de He diplom., p. 410. L'abbe Lebeuf, à Maslay-le-Roi , Hist. du Dioc. de Paris, t, VIL, p. 185. Pagi a été plus heureux en reconnaissant dans le Marlaco du diplôme de Thierry lt, Marly-le-Hoi. Pagi, Critic. Histor. Cf. Dréquiguy, Diplomat. »egum, t. l, p. 1, proleg. xciv.

* Theodorici I 4I placitum de Chramlino episcopo Ebredunensi in synodo pu- Llico deposito, et facultate eidem concessa res suas J:ost degiadationem retinendi...

Datum medio ineuse september, annum v regni nosti, Marlaco, in Dei nomine, feliciter. D. Bouquet, t. 1V, p. 658.

plus solennelles de la déposition. Les deux rites ordinaires de cet acte humiliant furent également employés.

Les uns eurent leurs vêtements sacerdotaux déchirés en plein concile et se virent expulsés de l'assemblée et relégués dans un perpétuel exil. Ainsi fut traité Chramlin d'Embrun, à qui le roi laissa pourtant la libre disposition de ses biens, et une perpétuelle retraite à Saint-Denys en commutation de son exil‘.

Les autres, plus coupables peut-étre, furent plus honteusement traités; on leur arracha leurs ornements, et on leur rasa la téte, pour effacer jusqu'aux traces de leur couronne cléricale.

Toute l'assemblée prononça sur eux ces solennelles malédictions du psaume cvrr, que les peuples n'entendaient jamais sans effroi retentir avec les foudres de l'Église : :

A l'heure du jugement, qu'il s'en aille condamné, Et que sa prière tourne en péché.

Que ses jours soient abrégés,

Et qu'un autre recoive son épiscopat.....

Il a aimé la malédiction, et il la trouvera ;

ll a repoussé la bénédiction, et elle s'éloignera. ll a revêtu la malédiction comme un vêtement, Et comme l’eau, elle entre en son âme,

Et comme l'huile, elle pénètre ses os.

Qu'il en soit couvert comme d'un vétement ,

Et qu'il en soit serré comme d'une ceinture.

Les noms sinistres de Dathan, Coré, Abiron et du traître Judas se mélaient à ces lugubres paroles *

Or, il y eut alors véritablement comme une apparition du malheureux Judas. Waimer, pécheur et relaps , abreuvé de dégoûts et de remords, honteuseiment tondu, chassé de l'assemblée, fut peu de jours aprés repris par les ordres d'Ébroin, battu de verges , étranglé et pendu à un poteau

! Diploma, Præfat., ibid, * Cf. D. Martene, de antiquis Eccles, Ritibus , lib. m , cap, n. De depositiohe Clericorum,

comme Îscariote *. Le bras de Dieu s'appesantit aussi sur l'indigne évéque de Chálons, Diddo. Au sortir de l'assemblée oà il avait été tondu et dégradé, il fut violemment mis à mort, payant ainsi de sa téte le sang et les larmes du saint martyr Léodégar.

Cependant ces rigueurs dépassaient la sévérité des canons : il faut que le vindicatif Ébroin se soit fait une arme de la sentence des évéques. Loin donc d'ouvrir les yeux devant l'abime où tombaient ses complices, il s’en affermit dans le mal. Son tour pourtant viendra. Dieu a traité ses coopérateurs avec un reste de miséricorde, puisqu'il les a humiliés et frappés lentement; mais pour Ébroin, le coup sera foudroyant , sans ménagement et sans retour.

Ce concile de Marly-le-Roi, trop oublié dans nos annales, est un événement considérable. La cause de Léodégar n'était pas seule en jeu ; c'était aussi l'honneur et la liberté de l'Église à sauver, tout le système de la commende féodale à flétrir dés son apparition. Le mal ne fut pas extirpé, mais la lecon frappa vivement. Longtemps les peuples s'en souvinrent : la terreur fut entretenue par des récits aussi salutaires que merveilleux. C'est le premier chant de la divina Comedia; c'est plus qu'une épopée; le septième siècle a trouvé, mieux que le génie de Dante, l'extase d'un saint, inspiré pour transmettre ce drame aux áges futurs.

Trois années à peine aprés la clóture du concile , un solitaire, le noble seigneur Baronte, retiréau monastèrede Saint- Cyran, eut la fameuse vision qui porte son nom , et qui fut consignée sous les yeux et sur la dictée de témoins contemporains, Élevé à cet état de l’âme que la théologie: mystique appelle l'extase immobile , saisi d'une contemplation soudaine

: Post paululum , intervallo posito ... ut fertur, laqueo fnit suspensus ac morte turpissima, ut decebat justi proditorem , transmissus ad tartarum, Anonym, Æduens., no 14. — Grosley dans ses Éphémérides (2 vol. in-8o, Troyes, 1811), prétend que Waimer ne fut pas mis à mort en 678, contre le témoignage précis de l'anonyme autunois si exact dans les moindres détails,

qui suspendit brusquement les fonctions de la vie naturelle, Baronte est transporté par l'ange Raphael dans les espaces; il voit passer sous ses yeux plusieurs monastères en prière ; il livre des combats dans les airs; la présence de l'ange, le son des cloches , les chants des offices qui montent jusqu'à lui , le fortifient. Il arrive à une première porte du paradis, et y trouve plusieurs de ses fréres; à une seconde porte, il traverse des troupes d'enfants morts dans l'innocence et vétus de blanc. Il monte par un sentier étroit, le long duquel se pressent à flots d'innombrables vierges couronnées; à une troisiéme porte , il rencontre les saints prétres, les bons évéques et les martyrs; à la quatriéme [porte, saint Pierre se présente avec trois clefs, délivre Baronte de la terreur des démons, le renvoie à son monastére, et lui permet de voir encore les tourments des damnés, pour instruire ses fréres, Frammoald l'un d'eux, mort très-jeune et enterré à la porte du monastére, consent à le reconduire en sa cellule, à condition que Baronte, chaque dimanche, balayera sa tombe et chantera sur elle le Miserere jusqu'au bout.

Tous deux, aprés une courte halte devant le patriarche Abraham , descendent aux profondeurs.infernales : les âmes réprouvées y tourbillonnaient comme un essaim d'abeilles; de temps en temps s'établissait un certain ordre ; les démons enchainaient les réprouvés et les rangeaient en cercle sur des siéges de plomb. Les orgueilleux étaient réunis aux orgueilleux , les luxurieux aux luxurieux, les parjures aux parjures , les homicides aux homicides. Là se trouvait un nombre incalculable de clercs infidéles à leurs serments ; là, les évêques intrus et prévaricateurs. Deux surtout frappèrent les regards de Baronte ; deux seulement sont nommés dans son récit , comme devant étre signalés entre tous les réprouvés : ces deux noms ont traversé les âges, toujours environnés d'un reflet sinistre et comme d'une auréole de malédiction; or le seul de ces deux noms qui nous soit connu, c'est celui de l'indigne évéque de Chálons, Diddo, l'un des

bourreaux de Léodégar. « Là se trouvait, dit le solitaire, l'évéque Wulfredus, accablé de lassitude, vétu de haillons comme un mendiant, et à cóté de lui encore l'évéque Diddo '. » Baronte, peu aprés ces tableaux, sortit de sa vision , en s'écriant trois fois : Gloire à Dieu!

La seule popularité de ces récits répétés de bouche en bouche serait un événement digne de l'attention de l'histoire. C'est une protestation de tout un peuple chrétien réclamant la pureté et l'honneur de sa foi ; c'est la confirmation des actes du concile de Marly-le-Roi, et un solennel appel au jugement de Dieu contre les intrus du sanctuaire. L'Église par ces actes , ces récits et ces enseignements fornait ses enfants et faisait descendre dans les populations les plus grossiéres les idées les plus élevées, l'honneur du sacerdoce, l'indépendance de l'épiscopat , l'intégrité des mœurs, la dignité de l'áme et ses inmortelles destinées.

! lbi lassus Wlfredus episcopus cum turpissima veste in similitudine men-

dici sedebat; ibi Dido episcopus erat, et alii quos ex parentibus nostris revoguovi. Acta Sanctor., Boll. ad diein xxv mart.

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