‹ Histoire de Saint LégerChapitre 114 sur 179 · TRANSLATION DU CORPS DE SAINT LÉGER A SAINT-MAIXENT · texte numérisé non relu

TRANSLATION DU CORPS DE SAINT LÉGER A SAINT-MAIXENT

De la canonisation des saints au vn siècle. —Miracles au tombeau de saint Léger.— La nouvelle en vient à Ébroin; son enquête.— Sa dernière expédition militaire. — Sa mort. — Tradition populaire sur sa mémoire. — Jugement d'un contemporain.— Conseil d'évéques au palais pour la réhabilitstion de saint Léger. — Débats sur la possession de son corps entre Hermenaire d'Autun, Vindicien d'Arras, Ansoald de Poitiers. — Le sort prononce pour l'église de Poitiers. — Commencement du culte de saint Léger à Autun, — à Arras. — Translation de son corps à Poitiers, puis à Saint- Maixent. — Éplisc et tombeau du saint,

L'Église date la naissance des saints du jour de leur mort, Là où le monde finit, ses enfants commencent.

Les âmes des justes sont dans les mains de Dieu, le tourment de la mort ne les alieindra pas.

Aux yeux des insensés ils ont paru mourir, et leur trépas a été jugé une affliction.

Leur dernier départ a été appelé extermination ; eux pourtant ils étaient en paix.

Et si devant les hommes ils ont souffert des tortures, leur espérance était pleine d'immorialité.

Tourmentés en peu de choses , ils seront heureux de beaucoup de biens , car Dieu les a tentés et les a trouvés dignes de lui.

Comme l'or dans la fournaise , il les a éprouvés, et il lesa

accueillis comme la victime de l'holocauste; il restera d'eux em souvenir dans le temps‘.

Car aux saints, aux martyrs, il reste une mère sur la terre qui n'oublie point et qui ne meurt pas. L'Église demeure auprès de leur tombeau comme la mère devant le berceau de son petit enfant; et comme celle-ci se plait à embellir le berceau de son premier-né de fleurs, de parfoms , de fraiches tentures, de cantiques et de prières, l'Église jour et nuit veille, prie et chante autour du tombeau de ses saints; elle y suspend en guirlandes les fleurs de toutes les saisons, elle y brüle les parfums de toutes les régions, elle entoure leurs restes précieux de soie , de pourpre et d'or; elle les dépose dans de splendides demeures qui effacent les palais des rois ; elle place au lieu le plus éminent de ses sanctuaires les plus humbles débris du corps des saints. Elle célèbre leurs louanges, elle glorifie leur mémoire, elle montre avec orgueil leurs trophées ; chaque année elle remémore leur jour natal, elle convie toutes les générations à partager sa joie de mère ; elle donne à ses nouveaux enfants le nom de leurs ainés ; elle confie à ceux-ci l’âme de leurs frères ; elle les choisit pour les pa- . trons des cités, pour les bons anges des peuples. Les cités pourront mourir et renaître, les peuples s'effacer et se transformer, la mémoire des saints ne périra pas. Pour célébrer leurs fétes, des villes nouvelles sortiront des ruines; des ' peuples inconnus surpgiront pour relever la bannière du saint patron ; ettantque l'Eglise, mére indéfectible et toujours féconde, aura des enfants, il y aura pour les saints une fête de famille, des priéres sur leurs tombeaux, un hommage à leur mémoire, des héritiers de leurs noms, des imitateurs deleurs

vertus , et, s'il est besoin , des défenseurs de leur sainte cause.

5 Sapient., 1, n., 6,

La canonisation d'un saint est devenue, par ses formes sévères et somptueuses , l'un des plus grands spectacles religieux. Quand par des enquêtes poussées aux dernières limites de la sévérité, des vertus héroïques, un pouvoir miraculeux, une sainteté irrécusable sont constatés, un ami de Dieu, pauvre peut-être, pâtre , artisan , mendiant , reçoit du monde chrétien tout entier les honneurs d'une féte magnifique; le Pére commun des fidéles l'annonce à la ville et au monde; et Rome, la cité des longs souvenirs et des triomphes, est le premier théátre d'une ovation qui fera le tour du globe et traversera tous les áges. Comme aux jours où la ville éternelle recevait , au retour de leurs conquêtes, Scipion l'Africain ou l'Asiatique, Marius le Cimbrique, et les Césars Germaniques, Britanniques , Gothiques, Parthiques, Persiques, trainant à leur char des dynasties et des nations vaincues, Rome déploie une pompe inaccoutumée; un nouveau triomphateur monte au Capitole ; il méne enchainées à ses pieds les légions de l'enfer , les puissances ennemies de l'homme; son image apparait radieuse devant un peuple qui bénit son nom, et ce nom consigné au livre de vie est inscrit en traits ineffacables dans les diptyques sacrés.

L'Église n'a pas toujours ainsi inauguré ses saints. Avant que le monde entier nelui füt ouvert de toutes parts comme aujourd'hui, son commandement franchissait lentement les barriéres qui séparaient les nations : usant donc alors en ceci, selon les temps, d'un pouvoir plus local, plus accidentel, mais non moins universel et infaillible , elle confiait à ses évéques le soin d'en appeler au jugement direct et immédiat de Dieu ; et Dieu suppléait à l'appareil des institutions actuelles par des manifestations irrécusables de son intervention. La canonisation des saints avait pour garantie , comme aujourd'hui, le miracle, et pour forme solennelle , l'élévation et la translation des corps saints.

Ce fut par là que commença le culte de Léodégar. Son

tronc mutilé et demeuré debout dans la forét de Sarcing , avait frappé de délire et de mort le dernier bourreau du martyr. Les restes de ce corps vénérable furent pieusement recueillis par la femme du comte Robert, qui les déposa dans un petit oratoire où ils restèrent deux ans et demi *.

* Un prêtre faisait le service de cette chapelle. Il s'apercut qu'on y voyait briller des lumières miraculeuses, et il entendit comme des voix célestes qui entonnaient le cantique angélique et chantaient : Gloire à Dieu au plus haut des cieux*. Il en fut saisi de terreur et en confirma le récit avec les serments les plus solennels.

Tout le voisinage en fut ému; le peuple accourut : des malades se pressérent autour du tombeau ; toutes les infirmités y étaient guéries.

La foule croissant toujours, il s'y glissa des larrons ; l'un d'eux fit un larcin au clérc attaché , avec le prêtre , au service de cette chapelle. Il emporta tout ce qu'il possédait, et dans son butin se trouvait la chaussure du saint martyr. Le clerc eut recours à lui : il passa tout un jour et une nuit en jeüne et en psalmodie devant son tombeau , en le conjurant delui rendre tout ce qu'il avait perdu. Aprés sa prière , il trouva que tout lui avait été fidèlement rapporté. Le voleur et son maitre avaient nié le larcin ; l'un n'en profita pas et l'autre mourut subitement. '

Le bruit des prodiges du nouveau saint courut de proche en proche et parvint jusqu'aux oreilles d'Ébroin. Pour s'en assurer, il envoya secrétement un émissaire s'enquérir de tout en diligence. Cet envoyé trouva un aveugle qui lui montra le tombeau où il avait recouvré la vue, et qu'il s'était dévoué à garder. Digne émissaire d'Ébroin , le misérable frappait impatiemment du pied la terre en disant :

! Anonym. /Eduens, , n° 15.

? Terribiliter cum jurejurando canticum se illio asseruit angelicum audivisse,

Ibid. 11 nous a semblé que notre auteur désignait ici le Gloria in excelsis, très-connu dans les Gaules,

« Un mort ne fera jamais rien qui vaille. » Il ne revint pes achever son message, et mourut en chemin : il avait asses instruit Ébroin.

C'était un dernier avertissement de Dieu, et déjà son supplice commençait. Il est impie sans doute de désirer le mal; mais quand il se rencontre une de ces insolentes perversités qui ont publiquement comblé la mesure , l'áme la plus débonnaire aspire à la voir subir, pour le bien da monde et l'acquit de la justice divine, une publique expiation.

Cette justice avait passé sur tous les complices d’Ébroia. Dépouillés, dégradés , décollés, pendus, exilés , ils avaient tous reçu leur punition. Ebroin méritait à lui seul tous cæ châtiments : Dieu en finit avec lui en un seul coup, et il fut aussi prompt que sa colère avait été patiente.

Honteux du renom qui s'attachait à sa victime, il en. tendait déjà les anathémes de la postérité flétrissant sos nom et les hommages qui bénissaient la mémoire de Léo. dégar. Il dévorait en secret ses sombres angoisses et n'en parlait qu’à sa femme Plectrude dans ses épanchements les plus intimes. Une expédition militaire vint l'arracher à aes dépit et achever de l'étourdir. L'Austrasie était toujours en proie à la commotion générale qui suivit l'assassinat du saint roi Dagobert. Les ducs Pepin et Martin se sentaient appelés à venger le sang des martyrs, et à retirer la France naissante des pieds d'Ébroin. C'était une œuvre difficile et longue, et il importait de ne pas devancer les moments de Dieu. Trop confiants en leur force, et comptant trop sur le discrédit d'Ebroin , ils se mettent en campagne contre lui et Théodoric , et leur présententla bataille dans les pleines inconnues de Locofao '. Un grand combat s'y livra. Ébrois retrouva sa vaillante épée et son génie militaire, seule gloire

* Fredegar. continuatio. Gesta Francor. Cf. Scriptor, rer. Francor., t. ll, P 451, 510, 653, 610, 699.

qui lui soit restée, Défaits plutót que vaincus, Martin et Pepin reculérent pour attendre un meilleur temps. Ebroin, avec son activité fougueuse, les poursuivit à travers les campagnes saccagées ; il força le duc Martin à se réfugier à Laon et l’y assiégea. Mais il ne pouvait tenir aux longueurs d'un siége ; il eut recours à des négociations perfides; il abusa de la religion de deux saints évêques , Agilbert de Paris, Rieule de Reims, accourus peut-être sur le théâtre de la guerre pour arréter les hostilités : Ébroin se fit un jeu de leur médiation. Il nerespecta pas davantage les saintsdu ciel: par -une puérile supercherie, il fit, dit-on , les serments les plus terribles , mais sur des chásses dont il avait fait enlever se- ‘crètement les reliques. Plus librement parjure , il attira le duc Martin dans une entrevue, et dés le premier abord il le fit massacrer avec toute sa suite.

Le glaive suspendu sur la téte d'Ébroin ne tenait plus qu’à un fil , ce coup le brisa. Un noble franc nommé Hermeníroi, surpris dans quelques malversations pour le maniement des deniers publics, fut entièrement dépouillé par Ébroin. Hermenfroi, sachant qu'Ébroin ne s'en tiendrait pas là, prit les devants , ramassa une poignée de complices résolus et s'embusqua , par une nuit, sur le passage d'Ébroin. C'était encore l'usage, méme pour les laics les moins religieux , d'assister la nuit du samedi aux offices nocturnes des clercs. Ébroin sortait de sa maison pour s' y rendre quand il fut assailli à sa porte par la troupe d'Hermenfroi, qui l'atteignit d'un coup d'épée à la téte et lui donna une double mort.

Cette mort émut toutes les Gaules. Là surtout où la mémoire de Léodégar demeurait plus vive , à Autun , à Poitiers, à Lyon, il n'y eut qu'une voix pour adorer la main de Dieu si visiblement étendue sur Ébroin. Il en resta des récits pleins de terreur qui circulérent longtemps parmi

* Anonym, Æduens., 16. Cujus ictu duplicem decidit in mortem,

les peuples. On disait à Lyon que, parmi les victimes d'Ebroin , un homme à qui il avait arraché les yeux, vivait en pieux solitaire dans l’Île-Barbe. Or, pendant une nuit qu'il passait en prières, assis sur les grèves dela Saône, il entendit un bruitde rameurs qui luttaient à force de bras pour remonter le fleuve. « Où allez-vous? » leur cria-t-il. Une voix pergante répondit : « À la chaudière del'enfer; nous emportons « Ebroin ; il y subira les peines de son crime. » Ce lui fut une consolation d'apprendre quelle peine ressentaient les persécuteurs des justes '.

À Autun, à Poitiers, à Saint-Maixent, on répétait les paroles d'un moine inconnu de Saint-Symphorien d'Autun. Du fond de sa cellule, il contemplait attentivement ces faits, et pour les décrire, il trouva dans son humble foi une mâle et austère énergie qui s'éléve jusqu'à l'éloquence. « En ces jours , dit-il , le renom des miracles du bienheureux martyr se répandait avec d'autant plus d'éclat que le misérable Ébroin désirait davantage cacher cette faveur. Il lui fallut enfin s'en convaincre. Mais, sans vouloir s'amender, il s'endurcit au contraire dans le mal avec les complices de son impiété. Il commandait , il menagait follement pour faire enfouir sous le boisseau ce flambeau allumé par Dieu, et placé sur le candélabre de l'Église, pour confondre les incrédules, pour glorifier son martyr, et pour éclairer les fidéles. Ainsi cette intelligence déchue s'égarait et vacillait dans ses pensées ; et loin de se convertir à des sentiments d'humilité et de repentance, le diable exaltait avec plus d'orgueil et dressait contre tous, cette téte altiére. Alors s'accomplit le mot de Salomon : Avant d’être humilié , le cœur de l'homme s'exalie

* Qui, cum nocturno tempore super ripam Sicapiz fluminis , orandi gratia, resideret, audivit navigantium impetum et magna vi brachiorum contra impetum fluminis insurgentium. Cumque interrogasset quo navigium illud tenderet, Yox in auribus ejus percrebuit : Ebroinus est, quem ad Vulcaniam ollam deferimus : ibi enim facti sui poenas luet, Hoc idem vir audivit ad consolationem sui, ut sciret quam poenam persecutores justorum sentirent. Adonis Chronic. D. Bouquet, Scriptor. rer. Francor., t. 11, p. 610.

et il s'élève au moment de sa chute‘. Donc, afin que tant de crimes ne demeurent pas impunis , lui-méme dans les emportements de son délire courut à sa mort. » L'anonyme autunois la décrit en détail, et poursuit :

« Ainsi disparut du royaume uneinjuste tyrannie, comme autrefois David, en terrassant le philistin étranger, ôta la honte des enfants d'Israel. Trois ans à peine avaient passé, et le déplorable Ebroin, pour avoir voulu éteindre cette grande lumière de Léodégar , vérifia la parole divine. Lui, qui avait tué plusieurs par le glaive, frappé du glaive, pérità son tour. Infortuné, digne de pitie! élevé au faite de tant d'honneurs ; fameux dans lestrois parties du monde habitable, puissant sur les hommes par son habileté, il brava la loi de Dieu et ne voulut point pardonner à ses ennemis. En exerçant sa vengeance , il ouvrit à plusieurs les célestes Toyaumes, et laisse grandement à craindre qu'aprés avoir immolé tant de pontifes et d'illustres personnages par sa «ruauté vindicative, il ne se soit préparé un chátiment éternel; et ainsi il aura perdu une gloire plus haute que jamais aucun franc n’en obtint, et sacrifié une vie d'éternel bonheur qu'il eût pu acquérir par la patience ?. »

Aprés ces graves paroles d'un contemporain , nous nous abstenons de réflexions. Ebroin est d'ailleurs jugé par les faits de cette histoire; il a pris lui-méme résolument la place qui lui restera parmi les persécuteurs de l'Église , entre Dioclétien et Julien. Il ne fut ni plus babile politique que l'un, ni plus grand homme de guerre que l'autre , et il rivalisa avec tous deux de cruauté, d'astuce et d'impiété. Ses contemporains le mirent au rang des Néron et des Déius *, L'histoire a été moins généreuse : persécuteur obscur

! On lit au livre des Proverbes, xv1, 98: Contritionem præcedit superbia, wet ante ruinam exaltabitur spiritus, :

* Anonym. Æduens., 16, 16.

? In diebus illis tanta fuit tribuletio in Ecclesia, Ebroini faciente nequitia,

et oublié, sa plus grande célébrité est d'être nemmé an martyrologe à côté des derniers proconsuls romains.

Cependant la réhabilitation du martyr suivait toutes les phases de la persécution terminée par son martyre ; Dies repassait par les voies des hommes, et sa justice réparait leurs torts. Le roi Théodoric et l'épiscopat, au moins quant à quelques-uns de ses membres, devaient concourir à la gloire posthume de Léodégar , parce qu'ils avaient pris part aux violences d'Ébroin. Et comme une assemblée d'évêque réunis au palais avaient déchiré son vêtement épiscopal, il y eut aussi au palais un synode ou un mall très-considé. rable d’où partit l'initiative d'une longue fête triomaphale.

La mort d'Ébroin laissait respirer l'Église et l'État et rene dait libre l'accès du palais. Plusieurs évéques s'y remontrèrent, et entre autres Vindicien d'Arras, Ansoald de Poitiers, Hermenaire devenu évêque d'Autun. L'élite des nobles Francs ajoutaient à la solennité de ces réunions d'évéques. On y voyait figurer tous les degrés de la hiérarchie, les grands, les trés- grands et les illustres. Il n'était bruit parmi eux que des merveilles qui se passaient autour du tombe de Léodégar. |

Il parut temps de réhabiliter solennellement cette sainte mémoire, et Vindicien reçut de l’assemblée la mission d'aller reprocher à Théodoric l'attentat dela royauté sur Léodégar. Il s'en acquitta courageusement, et dit qu'éisat évêque il lui appartenait de reprendre un coupable ; comme évèque il en répond et ne peut le laisser mourir dans son péché : que le prince entende donc ses avertissements qur la mort inhumaine de saint Léodégar , crime si grand et si affreux que le concile ne sait quel remède y apporter : qu'il soit soumis comme Job sous la main de Dieu , et repentant comme David *.

ut videatur crudelitate vincere Neroniana et Deciana tempora. Chronic. Fir dumense, D. Bouquet, t, III, p. 368.

* Acta S. Vindiciani, u. 9, Boll,, xi mart.

Théodoric, rendu à sa liberté, retrouva les bons soutenirs de ça sainte mère et les sages leçons de Léodégar son maître. Il mit une humble et filiale somptuosité à doter en son honneur Je royal monastère de Saint-Waast, et à fonder près de Téronanne un monastère de Saint-Jean comme mo: nument expiatoire.

Ce ne fut point le seul hommage que cette illustre as» semblée rendit à la mémoire du saint évéque. Il s'y éleva entre les trois évéques les plus attachés à sa réhabilitation une contestation qui laissa de profonds souvenirs. Eg présence de l'assemblée, ils réclamérent la possession du corps du saint martyr: il y eut des plaidoyers en forme, comme autrefois on se disputait les armes des héros; ou plutót ce fut une ouverture anticipée d'un procès en canonisation.

Ansoald de Poitiers prit la parole et dit : « Il est notoire « que celui-là est né de ma famille, qu'il appartient à la pa- & roisse qui m'est confiée; c'est là qu'il a obtenu la science « des divins mystères, l'honneur de l’archidiaconat, la e paternité des moines, c'est de là qu'il s'en est allé au faite « de l'épiscopat. Il est donc juste que notre église possède « le saint corps d'un fils qu'elle a élevé. Plaise à Dieu que a je mérite d'avoir avec moi ces restes vénérables !! »

Hermenaire à son tour disait : « Il a été enfant de votre & église, mais la nôtre l'a epe pour père, évêque et pas- « teur; la vôtre l'a élevé, mais elle nous l'a confié pontiée « aceompli. 1l n'est pas juste que vous repreniez celui que « vous nous avez donné pour pére et pour guide. La pré- « sence de son corps sacré doit protéger encore ceux que « vivant il a dirigés *. C'est donc un droit que le corps de « cet homme de Dieu nous soit donné , parce qu'il doit res poser là où il fut évéque *, »

| dnonym, Murbac., lib. n, n. 8. — Anonym. Æduens, n, 11. * dnonym. Murbac., ibid., a. 7.

3 Anonym, Æduens., ibid.

Mais l'évéque des Atrebates, Vindicianus ne se rendait point à ces raisons. « Il n'en scra pas ainsi que vous dites, « saints pontifes; qu'à moi au contraire demeure le privi- « lége de poséder ce bienheureux corps; cet bonneur échoit « au lieu où il a daigné prendre son repos *. Si vous pesez « les choses en toute justice, aucun de vous ne réclamera « le corps du saint martyr; car vos églises l'ont eu ou « comme archidiacre ou comme évéque, la nótre comme « martyr. Parmi vous, il a heureusement combattu sous les « drapeaux du Christ ; chez nous, il a vaincu. Mais qu'estiil « besoin de délibération ? N'a-t-il pas lui-même manifesté sa « volonté. S'il eût voulu reposer chez vous, il n'eüt jamais « illustré notre diocése de tant de miracles. Ainsi mettez « fin à ces débats et ne lui cherchez point d'autre asile que « celui qu'il a choisi, Ce lieu, nous pouvons le décorer d é- « difices honorables pourvus de nombreux ministres. *. »

Il fallut recueillir les avis de tous les évêques présents ; il fut décidé qu'on ferait des prières et des jeünes pour qu'il plût à Dieu de déclarer en quel diocèse devait reposer le corps du martyr. Tous se rangérent à ce décret; on jeüns, on pria; puis on écrivit le nom des trois évéques sur trois cédules que l'on déposa sous la pale de l'autel, Le lendemain, l'oraison terminée et la messe solennellement célébrée , sur l'ordre des évéques, l'un des ministres, ne connaissant rien de ce qui avait été écrit, passa la main sous la pale, et en retira une cédule où se trouva le nom d'Ansoald de Poitiers. Le peuple accouru en foule accueillit ce nom avec acclamation et tout fut décidé sans ambiguité *.

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