‹ Histoire de Saint LégerChapitre 13 sur 179 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

Ce fut donc la fécondité des teinps apostoliques, et il le fallait. Quand l'erreur, philosophe et savante, attaqua le dogme, Dieu suscita les docteurs à la parole d'or; aux barbares demi-hommes il fallait l'éloquence des faits, la logique des miracles, les œuvres et les hommes des premiers jours de l'Eglise, et Dieu les rendit.

La táche était rude; qu'on ne s'y trompe point et qu'on se garde de penser qu'alors une vie sainto avait peu de souffrances et de larmes et que le ciel s'ouvrait trop aisément. La foi pouvait-elle avoir beaucoup de délices, en ces temps d'invasion violente, qui surpassaient, dit Grégoire de Tours, les fureurs de Dioclétien{? Cinq siècles d'immense dévouement, en face d'hommes nouveaux, de conquérants aveugles, étrangers au passé, ne donnaient rien de plus que l'apparence d'une religion vaincue, d'un Dieu subjugué. C'est une étrange préoccupation que de voir dans ces nouveaux venus de commodes civilisateurs , sortis des foréts en habits de féte, généreux comme des chevaliers , dociles comme des enfants, sous la main des habiles moines qui en auraient fait adroitement la conquéte. La vérité est qu'il n'y avait humainement rien à espérer du monde romain en dissolution , rien à gagner à l'avénement des Barbares. L'Eglise a tout fait. Avec les Romains seuls, on allait, par le fisc et la cen-

En vérité, le siècle le moins prodigue ne sera pas celui où des chiffons de pa- . pier se vendent par cent mille francs, où un étranger déclamateur, somnolent et hargneux detracteur de toutes les gloires nationales, a pu , avant de mourir, nous vendre jusqu'à son quarantiéme volume! M. Simonde de Sismondi est mort insolvable envers la France, la vérité et le bon sens qu'il « outragés dans ses volumineuses et fastidieuscs compilations.

? Hist, Franc,, lib. ym , c. m.

INTRODUCTION. Xi

tralisation , à la plus savante barbarie qui püt étouffer l'esprit humain :avec les Barbares seuls, on avait le chaos. Dieu, par l'Eglise, sauva la cité romaine, transforma le camp barbare et peupla l'un et l'autre d'hommes et de chrétiens.

La valeur de l'homme , l'idée du chrétien se révélaient comme une nouveauté aux conquérants germains. Pour eux, l'homme était le sol ou l'épée ou la table qui le nourrissait, ou moins encore, la taxe imposée pour payer sa téte et mise au rabais de moitié pour le Romain. La culture de l'esprit n'était qu'une dégradation d'oisifs; la stabilité des propriétés, un privilége odieux; le travail, une servitude méprisée; le droit commun, une entrave; la liberté, pas méme un mot. A l'esclavage romain l'invasion ajoutait le servage germanique, le vasselage militaire. La famille périssait, ravagée par la luxure paienne et la polygamie orientale. La férocité des mœurs , l'intempérance des plaisirs, la violence des passions, l'ivresse des prospérités, les orgies continues de la conquéte rendaient humainement impossible toute organisation sociale et chrétienne.

Mais il y avait plus que le chaos. Les Barbares étaient presque tous Ariens. Une hérésic haineuse et active, éloquente ou grossiére au besoin, grecque avec les Grecs, scythe avec les Scythes , avait suivi pas à pas les apótres orthodoxes jusque sous la tente des hordes nomades ; ou, pour s'emparer d'elles au passage, s'était habilement mise en embuscade aux portes de l'empire. Chassé du monde romain par Théodose, l'arianisme vendit la patrie à sa haine; il se donna aux étrangers. Eut-il la pensée de les policer? essaya-t-il de les convertir? on ne sait : mais s'il faut juger l'arbre

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