INTRODUCTION. XLIX
nouvelle Rome !. Ainsi pensaient les beaux esprits, les nobles personnages, qui fuyaient dans la solitude, et se serraient autour des saints anachorétes, comme pour échapper à la ruine de l'empire. « Il n'est pas douteux, disait Rufin, l'un d'eux, que sans ces humbles pénitents, le monde ne subsisterait plus 2. »
Au milieu des angoisses de Rome tant de fois saccagée, et pressée de nouveau par les Lombards, par la peste et la famine, Grégoire-le-Grand ne conservait qu'une assurance, la priére de trois mille vierges recueillies des monastères ruinés de l'Italie. « Sans elles, écrivait-il, pas un de nous n'aurait pu subsister ici tant d'années, au milieu des épées des Lombards 5. » Il voyait, comme Moise au pied du Sinai, le bras de Dieu se lever dans l'éternité et son glaive prendre le tranchant de la foudre *. Mais il voyait aussi la priére du pauvre pénétrant les nues, les larmes de quelques vierges tombant pour contre-poids dans la balance oà Dieu pesait l'empire, et le saint pape se rassurait.
Il est assez curieux de rencontrer les mêmes pensées aux dernières années du septième siècle, dans un concile obscur, présidé par saint Léger. Parmi les fragments de canons rares et mutilés que nous possédons de ce concile, quelques lignes formulent énergiquement la valeur d'un moine dans l'équilibre du monde : « Que si tout ce que prescrit la régle de saint Benoit, dit ce concile, s'accomplit et se conserve légitimement, Dieu aidant, le nombre des moines croîtra, et, leurs
! S. Atbanas, Opp. Vit. S. Anton.,n° 81, t. I, p. 855. Edit. Bened.
? RufBni, Prolegom. in libr. Yl Pit. PP.
3 Greg. Magn., Epist, VI, 23.
4 Levabo ad celum manum meam et dicam : V'ivo ego in ælernum, si acuero ut fulgur gladium meum, Deuter., XXXII, 40, 41.