‹ Histoire de Saint LégerChapitre 48 sur 179 · INTRODUCTION. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LV

monde, qui a aussi ses agonisants et ses martyrs; à d'autres, le champ clos du désert : aux uns, il a imposé les préceptes; aux autres, il a proposé les conseils. C'est à ceux-ci qu'il porte un défi divin, qu'il jette le gant, qu'il offre la croix, la lutte, l'assaut tel qu'il l'a subi lui-même au Calvaire. Dieu entre en lice : c'est lui qui frappe et guérit, qui tue et vivifie, qui détruit et ressuscite; tant qu'enfin la nature est vaincue, l'homme de péché abattu, la triple convoitise trois fois enchaînée, la chair domptée par la virginité, la cupidité par la pauvreté, la volonté superbe par l'obéissance. Alors tout est consommé, et des ruines de l'homme le chrétien parfait se dégage. Ne le cherchez plus parmi les morts, il est vivant, il s'est levé, il monte. Et s'il lui faut, pour se tenirà cette hauteur surhumaine, un support, une chaine d'or qui le suspende au cœur de Dieu, il a le don et la grâce du vœu, il ale triple lien qui ne se rompt pas : qu'il ne s'effraie donc point de sa faiblesse et ne regrette pas les régions inférieures. Pour ne pas tomber, il faut qu'il monte; pour atteindre au précepte, il faut qu'il aille au conseil ; pour être le bon soldat du Christ, il faut qu'il en soit le héros. ll montera donc sans cesse de vertu en vertu par les mystérieuses ascensions du cœur !; sacrifiée une fois par la profession, sa volonté le sera mille fois encore par les mille actes d'une vie toute de religion. Et comme chacun de ces actes donne à Dieu un présent qu'il n'exige pas, c'est un titre toujours nouveau qui vaut et provoque une récompense au centuple. Cest

! Ascensiones in corde suo disposuit in valle lacry marum, in loco quem posuit; etenim benedictionem dabit legislator, ibunt de virtute in virlulem : videbitur

Deus deorum in Sion, Ps, rxxxm , 6, 7.

rst INTRODUCTION.

pourquoi le plus faible moine est puissant devant Dieu, etii pauvreté eat la richesse du monde,

De quelque part qu'on l'envisage, le monachisme est done uno haute. question; ses diverses phases se lient nux plus profonds intéréts de l'homme ; et si les révolutions qui changent l'aspect du monde appellent l'atteution de l'historien, il ne peut laisser passer inapervits lex mouvements trés-variés qui, de siècle en siècle, dé placent l'horizon du désert, en renouvellent la face et amdnent sur ce silencieux théâtre des législations, lou hérus, des conquérants nouveaux.

(Ov, à l'heure de l'histoire où nous sommes, le nom, lu règle, les mœurs monastiques subissent l'une de ces transformations séculaires. Malgré l'héroisme des martyrs et des ascétes, le sensualisme paien survivait à la chute de ses dieux. Arius méme, bien autrement habile que Julien, avait relevé un nouvel et séduisant polythéisme ; le venin de cette hérésie souilla les deux sources qui devaient régénérer la société, les Laures de l'Orient et les camps des barbares. Ce fut là le grand crime de l'arianisme et ce qui combla la mesure de la patience divine. Les fléaux de Dieu furent déchaînés sous le dernier empereur arien : au fort de la persécution de Valence, en 395, s'ouvrit cette longue série d'invasions, qui aboutit , en Occident, à la grande débácle de 406, et dans l'Orient, à l'irruption de l'islamisine,

Mais, pendant que Dieu livrait le monde aux Barbares, il conduisait au désert le Moïse d'un nouveau peuple, le Josué d'une autre terre promise, un nouvel Antoine, un second Basile !, BENOIT, béni vraiment

(Greg, Magnus, Dialog, lib, n, cap. y, 8. — S. Odon, Serm, de S. Bened.

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par le nom et la grâce, qui entrait dans sa grotte de Subiaco au moment où de nouveaux conquérants envahissaient l'Italie; il vit et il meurt à égale distance des premiéres et des derniéres invasions. Il répare le passé, il sauve l'avenir ; le mont Cassin est le point où s'arrête l'arche qui flotte sur un nouveau déluge, et la colombe qui monte uu ciel à la mort de la sœur du patriarche annonce et figure, comme celle des anciens jours , une nouvelle alliance et la réconciliation du ciel avec la terre.

Des deux faces de la vie monastique, représentées par le cénobite et l'anachoréte, saint Benoît s'attacha de préférence à la forme la plus sociale, à la cominunauté. Cette pensée eut une immense fécondité : et pour comprendre les vues de Dieu dans ce succés prodigieux , il faut jeter un coup d’œil sur l'état de la société, de l'Église et des monastères, au moment où s'éléve, sous l'horizon de Rome , au sommet des Apennins, le phare du mont Cassin.

. Le monde avait besoin par-dessus tout de stabilité et d'association. D'une part, l'empire , la cité, la famille romaine étaient entamés ou dissipés; de lautre, le klan des tribus du Nord, les sodalités gauloises, les Bagaudes celtiques , les Ghildes germaniques, se dissipaient aprés le péle-méle de la conquête, ou se ralliaient sous des formes plus hostiles encore que l'anarchie ; toute agrégation humaine s'évanouissait. C'est alors qu'au souffle de Benoit l'association monastique s'élève, grandit et domine. Il fallaità ces hommes épars et nou-

— S. Thom., Serm, de eodem S. Bened. — Bruno Astens., lib, vi, Sentent, Sermon, 2, de confess.

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veaux venus un rendez-vous Commun et consacré, une sainte et vivante image de la cité chrétienne, Il fallait à ces bandes vieillies dans les habitudes guerrières, façonnées au dévouement féodal, groupées autour de leur chef et de sa lance par les serments et le servage héréditaire, une institution qui tint de la famille et du camp , qui eût un enrôlement et des vœux, un chef et un père, des frères, des compagnons d'armes, des vieil lards ou censeurs, et des dizainiers ou doyens, une discipline militaire et une règle paternelle; et dans cette règle, un fond évangélique et une forme féodale, et jusque dans l'expression de ces formules, un mélange d'apophthegmes populaires, de préceptes incisifs et d'images belliqueuses: telle est la règle de saint Benoît, tel est le conventus bénédictin :.

Semblable à ces églises en miniature , par où les artistes du moyen áge préludaient aux basiliques colossales qu'ils montaient en proportious croissantes par delà les nues, le convent apparut aux sommets des montagnes , aux portes des cités, sur toutes les routes des peuples, et Dieu dit aux générations qui passaient : Voyez et faites! — Elles virent, et familles, corporations , communes, chevalerie, magistratures, tout se

* Qu'il nous suffise de citer les premières lignes de la Règle de saint Benoit : « Ausculta, o fili, precepta magistri et inclina aurem cordis tui , et atimonitiontm pu patris libenter excipe et efficaciter comple , ut ad eum per ebedientise laborem redeas, a quo per inobedientiz desidiam recesseras. Ad te ergo nunc meus sermo dirigitur, quisquis, abrenuntians propriis voluntatibus, Domino Christo, vero reg , militatwrus, obedientia ‘fortissinn atque preclara arma assumis, » , Prol., n. 1. Quelques mots encore, pris sans choix dans une Vie de l'un des enfants de saint Benoit , feront comprendre l'idée qu'on se faisait alors de la Religion: « Militiæ regis corruptela deserta, gladiisque a ferro formatis exutas, ad fulgida Christi castra devotissime convolavit, et indutus galea salutis, lorica fidei ac gladio S. Spiritus contra invisibilem hostem feliciter. dimicavit, » Acta SS. Ord, 8. B. Vita S, Landeberti.

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